Arsène Lapin et les contestataires du pays Perdu

 
 
Librinova (Verlag)
  • 1. Auflage
  • |
  • erschienen am 11. Dezember 2017
  • |
  • 721 Seiten
 
E-Book | ePUB mit Wasserzeichen-DRM | Systemvoraussetzungen
979-10-262-1460-1 (ISBN)
 
Lorsque le jeune Marc, lycéen sans histoire, entreprend de pousser son compagnon de lapin, Arsène, à vivre de son travail, ' comme n'importe quel humain ', il est loin de se rendre compte du terrible engrenage qu'il vient de déclencher... Pacifier la maisonnée, en éradiquant par le travail la guerre d'égo larvée entre Arsène et le notable matou domestique, Matt Houvu, relevait certes d'une bonne intention. Mais que dire lorsque le faisceau aveuglant des caméras bourdonnantes et la passion brûlante d'une vocation trouvée emportent dans leur sillage scintillant le flamboyant rongeur, hissant au sommet le faire-valoir terreux par-delà les nuées grisantes du succès trop facile, pour en faire resplendir l'industriel de peu d'âme, aux ' deux-pattes ' identiques ? ' A la loi de la Jungle, nul n'est tenu ', dirait-il du haut de son statut de proie, car la loi des Hommes qui célèbre l'Argent plutôt que l'Origine ne présente que bien trop d'avantages. Comment réagira donc notre Marc éploré, lorsqu'au nid commercial du prédateur naissant viendront se greffer maintes et maintes espèces appelées par le doux refrain d'une lutte identitaire, pour accomplir la promesse d'une construction collective face à l'Homme, leur ennemi commun ? Et surtout... comment réagira donc Matt Houvu, hobereau du foyer, lorsqu'il apprendra à son tour le succès de son rival de toujours ? Ainsi va l'engrenage, car souvenons-nous que lorsque l'on passe les bornes, il n'y a vraiment plus de limites...

Etudiant de 24 ans en Professorat des Ecoles.
  • Französisch
  • 0,56 MB
979-10-262-1460-1 (9791026214601)

Chapitre 2


 

Je n'ai jamais compris où Arsène et Matt trouvaient l'énergie et la volonté de se battre autant. Dès le premier jour de l'arrivée d'Arsène dans cette maison, à ce qu'on m'avait dit, la tension se fit sentir immédiatement : à peine ma mère l'approchais-t-elle du jeune chaton qu'était Matt, qui dormait alors dans son canapé, que ce-dernier ouvrit un oil noir dans la direction du nouveau venu-et dans la sienne accessoirement-et ne se redressa que pour cracher dans sa direction, ce à quoi Arsène eut la brillante idée de répondre par un tirage de langue à la hauteur de sa classe. Je n'ai jamais pu m'en rendre compte par moi-même, n'étant pas né, mais je devine la scène comme si j'y étais.

Ce soir-là nous perdions une lampe et un vase ; les soirs suivants, cela devait empirer, tant les divergences de comportements autant que d'habitudes et de convictions les opposaient en tous points ; et toute idée de pacifique cohabitation se trouva dès lors réduite au rang de chimère. A chaque provocation de l'un, l'autre répliquait en cascade, aucun ne voulant cesser le premier de peur de perdre la face, et les accusations de paresse et de rustrerie fusaient çà et là de partout. Ainsi, aux facéties de mauvais goût d'Arsène répondaient invariablement l'arrogance de Matt, et vice-versa, sans que qui-que-ce-soit puisse en changer la donne. Et pourtant croyez-moi, j'ai tout essayé pour y arriver : privation de nourriture, enfermement, médiations, tentatives d'apaisement. Manières douces et fortes confondues, rien n'eut d'effet sur eux. J'ai même fait venir un jour un professeur diplômé en psychologie qui pensait savoir comment influencer l'interaction entre individus. Nous en reparlerons plus tard.

En attendant, las ! C'est à se demander quel plaisir ils y trouvent ! Leur vie passe au gré des pièges à répétition et bagarres quotidiennes, et la nôtre aussi, du même coup. Croyez-moi, c'est parfois dur d'être le patron de ces deux catastrophes ambulantes, d'autant que les blessures succèdent aux bagarres, et les bagarres aux blessures, sans discontinuer. A force de les voir passer, le vétérinaire a fini par envoyer chez nous une dame en charge de la maltraitance animale. La pauvre ! Personne ne l'avait prévenue dans quoi elle mettait les pieds. Et de fait, au bout d'une heure, c'est elle qui finit par se plaindre du traitement que lui infligeaient les deux affreux, après avoir malencontreusement fait la connaissance des griffes de Matt, parce qu'Arsène s'était baissé.

Je n'étais donc pas des plus surpris ce matin-là en les entendant s'invectiver une fois de plus. Ce qui était plus perturbant, c'est que maman revenait à l'instant du travail à une heure particulièrement avancée de la journée (pensez, de bonne heure le matin, en plein milieu de la semaine !), et que sa mine déconfite trahissait une nouvelle tout à fait désagréable qu'elle n'allait pas tarder à révéler.

En fait, je ne le sus pas tout de suite. C'est ma sour Caroline qui apprit la première les raisons d'un retour si hâtif. Je compris rapidement en dévisageant le teint blême de son visage.

- Je suis virée ! bégaya-t-elle. Virée ! Après quinze ans de bons et loyaux services.

- Comment cela a-t-il pu arriver ? m'exclamais-je.

Maman ne répondit pas. Caroline lui tendit un siège. Reprenant tant bien que mal sa respiration, elle vida deux verres d'eau avant de reprendre.

- Un. Un plan de licenciement. La situation était dans le rouge depuis un bout de temps. Ils n'ont pas voulu. continuer les pertes. Ils ont dit qu'il fallait dégrossir la masse salariale. et que j'étais trop chère.

Nous restâmes tous les trois bouche bée. Il faut dire que depuis la mort de papa, il y a plusieurs années déjà, il n'y avait jamais que le salaire de maman pour nourrir deux enfants et deux animaux, sans compter le discret Phileas. Et il faudrait peut-être bien désormais songer à vendre ce petit pavillon campagnard pour un appartement moins cher.

Le silence ne dura pas. Le bruit de la chute d'un escabeau associé à celui du verre brisé nous remis en éveil : Arsène et Matt se battaient de nouveau pour de bon. Maman fut la première à réagir : se levant en un bond, elle fonça droit dans la direction des deux belligérants en rugissant à leur encontre des mots que la pudeur m'impose de ne pas répéter. Ivre de colère, elle hurla cette fois sa détermination à se débarrasser pour de bon de deux animaux qui, non contents de ne servir à rien, étaient en plus des poisons ambulants accrochés comme des boulets à une maison dont ils n'étaient pas dignes.

Il ne m'en dit jamais rien, mais je crois qu'Arsène resta marqué par ce terrible coup de sang à faire trembler les murs. A y penser, il pourrait même être à l'origine d'une idée que j'exposerai par la suite à cet esprit tordu de lapin, et sur laquelle je reviendrai.

Ce ne fut que le lendemain matin que l'idée me vînt. Je discutais avec Arsène, en finissant de petit-déjeuner. La colère de maman de la veille lui restait autant au travers de la gorge, que l'idée de quitter le pavillon pour un trois-pièces citadin.

- Mais enfin Arsène, lui dis-je. Ce n'est tout de même pas de sa faute si maman a aujourd'hui besoin d'argent ! Crois-tu que cette situation nous fasse plaisir, nous aussi ?

- Cela m'indiffère, grogna l'ingrat rongeur. Tout ce que je vois c'est qu'elle n'a pas été capable de préserver sa situation, et que nous en payons tous les conséquences !

- Elle n'est pas responsable de la mauvaise santé économique du pays, pas plus que du plan de restructuration qui l'a poussée vers la sortie. On voit bien que tu ne sais pas ce que c'est que de perdre un travail. Tu n'as jamais travaillé de ta vie ! m'exclamais-je dans une grimace indignée.

Un sursaut le prit. Je sentis que ma dernière remarque l'avait piquée au vif.

- Tu crois que je ne sais pas travailler, c'est donc ça ? demanda-t-il sur le ton du reproche.

Ses yeux me fixaient sévèrement. Sa voix, encore douce, trahissait une agressivité contenue.

- Je dis simplement que tu n'as jamais travaillé de ta vie, bottais-je en touche d'un ton neutre.

- Comment cela, je n'ai jamais travaillé ? Et le champ de carottes que j'entretiens tous les jours ? Et les attrapes destinées à ce chat prétentieux ? Et le.

- Tout ça ne compte pas, répondis-je tranquillement. Je veux parler d'un vrai travail : d'une prestation de service rémunérée permettant de subvenir à ses besoins.

- Ce travail-là ne m'intéresse pas, rétorqua-t-il simplement. Il est tout juste assez bon pour vous. Ce que je fais tous les jours est autrement plus important à mes yeux.

- Je me doutais de ta réponse. Mais la vérité, c'est que travailler, tu n'en es pas capable, lançais-je avec un sourire en coin.

- Moi je n'en suis pas capable ? Parce que tu crois que quelque chose que mêmes des humains arrivent à faire, moi.

- Alors prouve-le ! rétorquais-je en haussant le ton. Si tu ne veux pas avoir à quitter ce pavillon, il faudra bien désormais ne plus compter seulement sur maman pour ramener de l'argent à la maison. Ma sour et moi avons des cours à suivre, mais toi tu n'as aucune excuse à faire valoir.

D'ordinaire si prolixe dès qu'il s'agissait d'avoir le dernier mot, Arsène se tut. L'inquiétude de perdre le jardin pour un trois-pièce l'inquiétait certainement, mais au-delà de ça, il semblait considérer mes propos avec un sérieux inaccoutumé, qui le poussait certainement à réfléchir enfin quelque peu sur lui-même.

- Qu'en penses-tu ? ajoutais-je confiant. Cela t'éviterait accessoirement de passer des journées entières à te battre avec Matt, et t'apprendrait les valeurs universelles de la vie, telles que l'effort, l'humilité, le.

- Et pourquoi travailler ? se reprit-t-il. Vous, les humains, êtes persuadés qu'on ne peut vivre sans le travail. Nous autres, animaux domestiques, avons compris qu'il valait mieux vous laisser cette si noble vertu pour vivre à votre crochet. Que gagne-t-on réellement à travailler, en dehors de ces petites considérations matérielles et sentimentales auxquelles j'accorde peu d'importance ?

- Eh bien. On gagne la reconnaissance sociale lorsque l'on ouvre pour le bien de tous (un haussement d'épaules de sa part me fit comprendre que ça ne l'intéressait pas), et puis le travail sert fondamentalement à subvenir à ses besoins.

- En ce qui me concerne, je n'en ai encore jamais eu besoin et je suis en pleine forme, fanfaronna le petit effronté.

- Non, parce que tu vis à nos crochets justement, ou plutôt à ceux de maman, comme elle te l'a si aimablement souligné hier (cette dernière réplique lui déplut au plus haut point). Mais avec de l'argent, tu peux acheter de la nourriture, par exemple. Comme des carottes.

- Mes carottes, je les fais pousser moi-même. Pas besoin de les acheter et elles sont bien meilleures que celles du commerce, s'insurgea-t-il encore.

Arsène semblait indifférent à mes arguments. Et comme je ne savais que dire pour le convaincre du bien-fondé de mon propos, un étrange silence s'installa.

Arsène s'apprêtait à sortir, et comme il m'adressa un dernier regard d'incompréhension, je choisis de décocher ma dernière munition, la plus puissante sans...

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