L'histoire en actes

Les ressources du jeu vidéo pour le savoir historique
 
 
Books on Demand (Verlag)
  • 1. Auflage
  • |
  • erschienen am 11. Mai 2020
  • |
  • 468 Seiten
 
E-Book | ePUB mit Wasserzeichen-DRM | Systemvoraussetzungen
978-2-322-20400-7 (ISBN)
 
De nombreux jeux vidéo ont trait à l'histoire en ce que l'action du jeu se déroule dans une époque révolue. Cependant, que ces jeux relèvent des genres du City Builder (Caesar IV), du jeu d'action-aventure en monde ouvert (Assassin's Creed Unity), ou du First Person Shooter (Call of Duty WWII), l'inscription du jeu dans telle ou telle époque est un simple habillage qui participe à l'attrait du jeu. L'action du jeu est définie en fonction d'un genre ou d'une série de jeux, indépendamment des formes de vie qui sont propres aux sociétés évoquées. S'il n'est d'aucun secours de bien connaître la période de la Révolution Française pour s'orienter dans Assassin's Creed Unity, il est utile, en revanche, d'avoir déjà joué à un des précédents jeux de la série, tel le premier qui se déroule en Terre sainte durant la troisième croisade au XIIe siècle. Est-il possible, au rebours de ce dont nous faisons ici le constat, de concevoir un jeu vidéo dont l'action soit définie à partir des formes de vie qui sont propres à une époque donnée ? Le joueur se familiariserait par la pratique du jeu non pas avec les principes de tel genre ou série de jeux, mais avec les logiques qui ont gouverné par exemple les décisions des spéculateurs lors des grands travaux d'Haussmann à Paris. Il ferait l'expérience que les opportunités et les obstacles peuvent se transformer du jour au lendemain.
1. Auflage
  • Französisch
  • 0,62 MB
978-2-322-20400-7 (9782322204007)
Martine Robert est docteure en philosophie, discipline qu'elle enseigne au lycée Jacques Feyder à Epinay-sur-Seine. Elle a soutenu sa thèse à l'Université d'Aix-Marseille en 2014. Ses travaux visent à permettre la réalisation de jeux vidéo qui soient autant de formes inédites, mais rigoureuses, du savoir historique.

Chapitre I
Une question d'historiographie


Le jeu vidéo, qui fait entrer le joueur dans un monde défini, se prête à faire traverser au joueur diverses situations qui sont spécifiques à un moment de l'histoire des hommes. Cela suppose de concevoir un jeu qui repose sur une intrigue entendue en un autre sens que le récit. Cette intrigue se confond avec la structure du jeu, elle donne forme à l'expérience du joueur. Ce dernier a la possibilité de mener un certain type d'actions dans un monde distinct de celui dans lequel il évolue ordinairement. À chaque moment, un certain nombre d'éléments interviennent dans le processus dont dépend l'issue de ses entreprises. Ils le contrarient dans la réalisation de ses objectifs ou, au contraire, l'aident. Le jeu se déploie dans le temps : ce qui résulte de chaque entreprise définit, pour partie, la situation dans laquelle se trouve ensuite le joueur. En ce sens, le jeu, tout comme le récit, bien que ce soit selon un régime distinct, « donne forme à une expérience temporelle ». Il est en cela légitime de chercher à élaborer le savoir historique sous la forme du jeu vidéo ; les jeux vidéo organisent une temporalité humaine, et ouvrent sur des mondes. Ces mondes, certes, sont des mondes fictifs. L'objection n'est pourtant pas de nature à proscrire un usage historien de la représentation vidéoludique. Comme nous allons le voir, le savoir historique a su reprendre à son compte, sous de multiples modes et en ayant soin de les ajuster à sa propre visée, des formes d'organisation de la temporalité humaine qui étaient d'abord, dans la littérature, au service de la fiction. La représentation vidéoludique est, de plus, par nature, porteuse de vérité ou d'illusion.

A L'évolution de l'historiographie à partir du renouvellement de la forme des ouvres de fiction


Les avancées dans les méthodes d'élaboration du récit historique ont souvent suivi le renouvellement des formes de fiction. L'ouvre de Walter Scott est à cet égard exemplaire. Des romans qui inscrivaient leur action dans des époques révolues avaient déjà été écrits. Ainsi, La princesse de Clèves, ouvre du XVIIe siècle, se déroule au temps de la Renaissance. Madame de La Fayette semble avoir construit l'intrigue principale en tenant compte du déroulement d'événements historiques. L'héroïne quitte la cour alors que commencent les guerres de religion. Son exil coïncide avec la fin d'un monde, celui, galant et élégant, de la fin du règne d'Henri II. Cependant, le roman est surtout marqué par l'influence des milieux jansénistes. Le cadre historique est un prétexte pour faire valoir des préceptes moraux que Madame de La Fayette entend magnifier en son temps. Il s'agit, comme dans les Lettres persanes de Montesquieu, de décrire une autre société pour parler de la sienne. Ainsi, bien que Mademoiselle de Chartres ( qui devient princesse de Clèves ) soit le seul personnage de l'intrigue qui ait été inventé, le caractère historique du roman se limite à des aspects très extérieurs, la mention de quelques événements, les costumes. Avec Walter Scott, au contraire, les personnages manifestent dans leurs particularités les spécificités d'une époque révolue.

Dans les récits de Walter Scott, l'histoire n'est plus un cadre prédéfini dans lequel il est possible d'inscrire n'importe quelle intrigue pourvu qu'elle soit prenante. L'histoire elle-même est au cour de l'intrigue :

« Qu'apportaient donc de si nouveau les "Waverley Novels " ? Tout simplement, le roman historique y était traité pour lui-même, ce qui veut dire qu'il n'allait pas avoir d'autre objet que de nous offrir des diverses époques auxquelles il s'appliquerait une image aussi exacte que possible, et que, de la fidélité de cette peinture, c'était tout l'intérêt de l'ouvre qui devait désormais sortir. La transformation était aussi complète que possible ; c'était même une véritable révolution. »1

  Le fait de mettre au centre du récit l'histoire dans sa dimension sociale et non plus des héros créés ou façonnés par l'auteur pour les besoins de l'intrigue donne au roman historique toute sa mesure. Il rend possible la peinture des mours, des mentalités, des croyances d'une époque. Ses personnages ne valent plus dans leur individualité, ils appartiennent de manière décisive à des types caractéristiques de mouvements sociaux et révèlent leur évolution. On ne s'intéresse plus seulement à la parole et aux actes des grands. Le peuple a ses représentants qui importent autant que les grands :

« quelque différence qui distingue ces personnages, ils se ressemblent par un point particulier : ils ont tous, et singulièrement vivante et expressive, la physionomie de la catégorie ou de la classe qu'ils représentent, et leurs sentiments, leurs passions ou leurs intérêts sont les intérêts, les passions et les sentiments de cette catégorie ou de cette classe. Toute une société ressuscite ainsi sous nos yeux avec ses groupes particuliers et leurs nuances distinctes. Ivanhoé n'est que de l'histoire en tableaux. »2

Ce qui distingue les hommes du passé de ceux de l'époque à laquelle écrit l'auteur se trouve au devant de la scène. Walter Scott accomplit par là le déplacement de l'attention que Paul Veyne appelle de ses voux chez l'historien :

« Cette évolution peut être schématisée ainsi : une histoire événementielle posera la question " quels ont été les favoris de Louis XIII  ? " ; une histoire structurelle songera d'abord à se demander " qu'est-ce qu'un favori ? Comment analyser ce type politique des monarchies d'Ancien Régime et pourquoi existait-il quelque chose de tel que les favoris ? " ; elle commencera par faire une " sociologie " du favori ; elle posera en principe que rien ne va de soi, car rien n'est éternel, et elle s'efforcera par conséquent de dégager les présupposés de tout ce qu'elle écrit. »3

Le sentiment que rien n'est éternel apparaît avec la Révolution française et l'Empire. Les contemporains savent que quelque chose d'irrévocable s'est accompli ; la conscience de la distance historique naît ainsi au XIXe. L'histoire, ou ce qu'il advient des sociétés humaines, ne peut plus être pensée comme l'éternel retour du même. Il y a un cours de l'histoire, irréversible, selon lequel les temps se distinguent les uns des autres, dans lequel les hommes inscrivent leurs actions et qui façonne leur existence. C'est parce que cette idée préside à l'écriture de Walter Scott, que ses ouvres fascinent aussi bien les historiens que les romanciers4.

La promotion des ouvres de Walter Scott dans le champ historiographique, dont l'intention est en partie idéologique, est menée par l'historien Augustin Thierry dans le contexte réactionnaire de la Restauration. Augustin Thierry entend promouvoir une définition renouvelée du travail historiographique en partie fondée sur le réalisme de la narration scottienne. Il s'attache ainsi à montrer l'intérêt majeur que présentent les romans de Scott dans le travail de reconstruction de la dynamique historique, qui enfin ne se résume plus à une chronique du règne des gouvernants. Le moment de la conquête de l'Angleterre par les Normands dans Ivanhoé est considéré comme un cas exemplaire de narration des conflits entre groupes rivaux, des luttes prolongées de succession, des histoires privées et publiques qui façonnent la puissance des gouvernements. On sort du cadre caractéristique de l'histoire officielle du pouvoir qui, par tradition ou habitude, est cantonnée aux batailles, aux changements de dynasties en passant sous silence la dimension conflictuelle de la conquête et de la conservation du pouvoir. Le récit de ces luttes et de ces conflits, même lorsqu'il relève en partie de la fiction, ouvre de nouvelles perspectives aux yeux de l'historien de la Restauration ; il constitue par sa forme une avancée majeure pour la connaissance historique. Le récit de l'invasion de l'Angleterre par les Normands évoque ainsi toute une série de phénomènes rattachés à l'acte de la conquête - l'asservissement des saxons, leur expropriation en masse ou le partage de leurs biens entre les envahisseurs étrangers - qui n'ont pas leur place dans le récit officiel de la naissance et de l'évolution des gouvernements. Prendre ses distances avec une histoire irénique du pouvoir présente l'avantage, au moment de la radicalisation royaliste de la Restauration, de manifester l'arbitraire du pouvoir et de ses mises en intrigue officielles5.

D'autres exemples que celui de l'ouvre de Walter Scott montrent le rôle primordial joué par le renouvellement des...

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