Nous sommes les ancêtres de ceux qui ne sont pas encore nés

 
 
Librinova (Verlag)
  • 1. Auflage
  • |
  • erschienen am 12. Dezember 2017
  • |
  • 249 Seiten
 
E-Book | ePUB mit Wasserzeichen-DRM | Systemvoraussetzungen
979-10-262-1452-6 (ISBN)
 
Ninon Février, jeune femme indépendante, quitte la France en 2004 pour partir à la conquête du Nouveau Monde. C'est la première fois qu'elle s'expatrie, elle a pour mission d'enseigner le français à San Diego, en Californie ! Comment fait-elle la connaissance de Geneviève Legrand, une autre femme française partie pour San Francisco plus d'un siècle avant elle, en 1848, en pleine ruée vers l'or ? Par l'intermédiaire de l'écriture, car notre héroïne est chargée de traduire le récit de Geneviève pour ses descendants californiens. S'enchevêtrent alors le journal de l'une et celui de l'autre, deux lignes du temps, deux récits à la fois intimes et anthropologiques, dessinant une quête initiatique en miroir et invitant le lecteur à plonger dans l'héritage ancestral de la Californie. Qui est la tribu Ohlone ? Que reste-t-il aujourd'hui de la spiritualité des peuples indigènes ? Ninon aura besoin de Geneviève pour comprendre cette Californie qui cache bien plus de secrets que de stéréotypes. À travers ce double regard de femmes écrivaines-voyageuses, on redécouvre avec joie l'Amérique des pionniers, le Californian dream des self-made man, mais surtout on découvre les mythes et traditions d'un peuple oublié, qui semble avoir laissé une empreinte subtile dans l'esprit californien contemporain. À la fois enquête, carnet de voyage, théâtre, correspondance épistolaire, ce roman hybride à la croisée des genres entremêle les époques et les destins, accompagnant le lecteur dans des pages méconnues de l'histoire franco-américaine. Nouvelle

Métisse franco-malgache, docteur en littérature française, professeur de lettres et linguiste, j'ai enseigné pendant treize ans en collège et lycée de la région parisienne, en école franco-américaine en Californie, à l'École Pratique des Hautes Études à Paris et à la Sorbonne d'Abu Dhabi aux Émirats Arabes Unis. En 2011, j'ai soutenu sa thèse de littérature à la Sorbonne, une étude des récits de voyage des Français en Californie de la ruée vers l'or à 1913-1915. Cette thèse paraîtra prochainement aux éditions Honoré Champion, dans la collection Atelier des voyages.Aujourd'hui je me consacre corps et âme à sa créativité artistique : un vaste champ d'expérimentations entre calligraphie, peinture, dessin, cinéma, musique, méditation, écriture. Ainsi, dans mon atelier synesthésique se préparent des oeuvres en arborescence, puisque c'est ainsi que je vis, que je crée.Mon premier roman est le fruit de mes recherches et de ma vie à SanDiego.
  • Französisch
  • 0,34 MB
979-10-262-1452-6 (9791026214526)

Les Chinois


 

 

 

Kate a déjà tourné les talons. Ou plutôt les tongs rose bonbon. Elle a eu le temps in extremis de détourner ses yeux vert océan loin de ses copines qui ont toutes compris - sauf une : Debbie - qu'elle allait éclater en sanglots si elle restait trop longtemps dans cette conversation qui n'avait l'air de rien dire, mais qui en disait déjà beaucoup trop pour un jour comme aujourd'hui.

En marchant à grands pas en direction de la Geisel Library de University of California San Diego, Kate, dont les iris s'embuent soudain de larmes, a au moins le réconfort de son mascara waterproof. Son chagrin ne la défigurera pas de noir honteux sous les yeux quand ce sera le moment de passer devant le personnel d'accueil de la bibliothèque. On ne pleure pas en public aux États-Unis : Everything is fine, everything is perfect, ok ?

Ça y est, chagrin reniflé, neurones en éveil prêts à étudier. Kate a trouvé sa place habituelle, elle est aux premières loges, à une table face aux vitres surplombant le campus, au huitième et dernier étage de la Geisel Library, cet édifice des années 60 au sujet duquel les quatre copines se plaisent encore à débattre pour savoir s'il ressemble à un gros champignon cubiste ou à un vaisseau spatial de Star Wars.

Le portable de Kate, posé à côté du roman de William Faulkner qui l'accompagne partout ces jours-ci, Sanctuaire, se met à vibrer. Un voisin étudiant aux yeux bridés lève les yeux, à deux tables d'elle. Les gens ont du mal à se concentrer on dirait. Elle aurait dû le mettre sur silencieux. Elle clique pour lire le message :

 

« For Dad: tomorrow 11am at the church, Soledad mountain road4. »

Sent at : 5.40 pm

11/10/2004

By : Brian

 

Elle éteint son portable, ouvre son ordinateur, mais décide finalement de rallumer son portable et de le mettre sur silencieux.

Le paysage devant elle est sublime et apaisant. C'est exactement ce dont elle a besoin, là-tout-de-suite-maintenant. Du huitième étage, Kate règne sur l'allée principale du centre du campus. La vue est imprenable sur la forêt d'eucalyptus qui se mêlent aux tours magistrales ultra géométriques, architectures diverses selon les différents collèges de l'université, ces bâtiments serpentés par de larges routes ou bien de petits chemins longés d'arbustes et de fleurs qui embaument l'air d'une atmosphère studieuse, saine et sereine. Kate n'est pas seule à pouvoir admirer, de son point de vue quasi divin, le plan méthodique de ce campus qui est son monde depuis bientôt deux ans. Sa voisine de gauche, une camarade de cours d'origine chinoise, partage avec elle, dans la musique de ses écouteurs d'ipod, la contemplation du jour qui baisse sur l'empire de UCSD.

UCSD : cette université qui leur coûte à chacune environ 40 000 dollars pendant neuf mois de scolarité. UCSD : ce royaume de la jeunesse du sud de la Californie. UCSD : ce potentat qui inscrit fièrement ses quatre lettres sur les short courts des filles en flip-flop, sur les t-shirts, les casquettes et les sweat-shirts à capuche des garçons, mais aussi sur les mugs et les cahiers des étudiants bientôt ingénieurs, avocats ou patrons de société. UCSD : cette université-campus, des hectares étendus au nord de la ville de San Diego, dans un quartier nommé La Jolla. La Jolla qui veut dire « le joyau » en espagnol. UCSD : l'équipe de Kate, son univers.

Comme beaucoup de campus américains, cette université est comme un grand village, une ville à l'intérieur même de la ville de San Diego, où Kate se sent à la maison - idem pour sa voisine de gauche, l'étudiante d'origine chinoise - mais ce home sweet home n'est pas gratuit. Du coup, l'une comme l'autre mettront des années à rembourser leurs frais de scolarité, le prix du bonheur, le prix pour un bel avenir. C'est bien pour cette raison que Kate travaille certains soirs depuis bientôt un an, pour peser un peu moins lourd dans les débits du compte en banque de sa mère. En effet, il faudra bien rembourser le prêt, c'est la règle du jeu, tous les étudiants américains logés à la même enseigne, sauf évidemment pour les enfants gâtés comme Debbie, l'exception américaine qui confirme la règle. Ici on étudie pour pouvoir travailler plus tard, on travaille en même temps qu'on étudie, pour pouvoir se permettre de pouvoir étudier, et puis plus tard, on travaillera, pour rembourser les années passées à se permettre d'avoir étudié ! Personne ne rechigne aux petits boulots en vue du perfect job. Ici, au pays des quinze jours de vacances par an dans le monde du travail, personne ne rechigne au job tout court. Le « job », c'est pour ça qu'on est là. À UCSD comme dans toutes les universités privées des États-Unis, Ivy league ou pas, « travailler », c'est « vivre », et vice versa.

 

Il est 6.20 pm. Kate la californienne et sa camarade sino-californienne sont à l'unisson dans leurs rêveries d'avenir, alors qu'il leur faudrait vraiment revenir au présent et rédiger cet exposé d'histoire. Kate sourit à sa voisine qui le lui rend bien, puis elle baisse le volume de la musique dans ses écouteurs d'ipod afin de ne pas gêner son autre voisin d'origine philippine qui vient de lui jeter un regard en coin.

Kate va très vite, son esprit bouillonne sans cesse, c'est une girouette du neurone. Elle pense : voisine de gauche : elle pense chinoise : elle pense histoire de la côte Ouest des États-Unis : elle pense attraction des populations d'Asie depuis longtemps dans cet État de l'Eldorado : elle pense à ces plus de 20 000 étudiants présents sur le campus cette année, environ 41% de la population étudiante ici d'origine asiatique (philippine en particulier, chinoise ou encore japonaise), et elle pense : cette présence ne date pas d'aujourd'hui, et elle switche : sujet de son exposé qui concerne justement la présence des Chinois au début du XXe siècle en Californie. Kate est une brillante étudiante en histoire contemporaine et relations internationales. Son principal atout : efficacité de travail doublé d'un esprit de synthèse sans faille. Cette double qualité lui permet de réfléchir sur plusieurs devoirs à la fois. Multi-tâche elle est, multi-tâche elle se sait et elle en tire bien profit. Cela lui a souvent valu l'admiration des trois autres copines lors de leurs sessions de rédaction ensemble, surtout celle de Debbie qui, elle, est beaucoup plus analytique que synthétique. On comprend aisément pourquoi Kate et elle firent forte impression le jour de l'exposé en histoire de l'art qu'elles avaient préparé à deux, sur le mouvement Arts and Crafts des vitraux et lampes chez Louis Comfort Tiffany. Kate avait apporté trois lampes fétiches de la collection de sa mère. Ce fut leur meilleur souvenir de cours, un autre type de victoire. Elles reparlent encore aujourd'hui avec fierté des bouches bées du professeur et de l'audience conquis par les qualités oratoires de cette team des deux jeunes déesses complémentaires autant passionnées que passionnantes. Elle se souvient, sa mère lui avait fait mille recommandations pour éviter d'abîmer ses précieuses lampes Tiffany, si bien que l'exploit de l'exposé applaudi n'en avait été que plus grisant.

Revenons au présent et observons Kate la multi-tâche qui switche et switche, et tout en se remémorant le souvenir de ce cours mythique, inspirée, se met à écrire en pianotant non-stop sur son ordi Mac :

 

Le 1er juillet 1862, le président Lincoln signe le Pacific Railroad Act, autorisant ainsi deux compagnies, Central Pacific et Union Pacific, à se lancer dans la construction du Transcontinental qui reliera les deux côtes et permettra le voyage sur terre d'Est en Ouest en huit jours seulement, au lieu des longs mois de navigation autrefois par le Cap Horn ou par l'isthme de Panama.

Le Central Pacific Railroad est le tronçon ferroviaire de l'Ouest reliant la Californie à l'Utah (1110 km). En 1863, les travaux débutent et c'est le 10 mai 1869 que la ligne rejoint celle du Union Pacific Railroad (tronçon de l'Est - 1749 km) à Promontory Summit en Utah, jour mémorable de la cérémonie du « Last Spike » ou encore « Golden Spike » (le clou d'or) symbolisant ainsi la connexion entre les deux tronçons, mais surtout l'union de la nation américaine. La mission a été accomplie en sept années par deux équipes de milliers d'ouvriers, parmi lesquels de très nombreux Chinois.

En effet, dès le début des travaux, des milliers de Chinois de la province de Kuantung furent embauchés par la Central Pacific Railroad Company, au mince salaire de 28 dollars par mois, pour accomplir les tâches et les travaux les plus dangereux. Les Chinois étaient réputés pour être des travailleurs infatigables et à l'agilité exemplaire, notamment pour se faufiler partout, escalader les falaises en s'agrippant aux cordes juste à temps pour échapper aux explosions. Les conditions de travail étant très rudes et précaires dans ces montagnes de la Sierra Nevada, de nombreux hommes périrent dans l'effort.

En 1868, sur 4000 ouvriers, les trois quarts étaient chinois. On comprend donc pourquoi les historiens s'accordent à dire que la collaboration chinoise à ce projet ferroviaire unique en son genre contribua largement à l'achèvement de celui-ci, en particulier avec le record final des dix miles de rails construits et posés en un jour, le 28 avril 1869. Ce n'est pas un hasard si l'équipe qui avait été choisie pour accomplir ce...

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