Sébastien Roch

 
 
Books on Demand (Verlag)
  • 1. Auflage
  • |
  • erschienen am 14. April 2020
  • |
  • 387 Seiten
 
E-Book | ePUB mit Wasserzeichen-DRM | Systemvoraussetzungen
978-2-322-21133-3 (ISBN)
 
En 1862, Sébastien est envoyé par son père, quincaillier, au collège de jésuites de Vannes. S'il est désespéré d'abandonner son monde familier et son amie Marguerite, il est aussi soulagé d'en quitter la médiocrité. Mais tout de suite il se sent rejeté par ses camarades, tous riches et nobles. Il finit cependant par s'habituer aux brimades et, après l'échec d'une amitié avec un jeune aristocrate, se lie avec Bolorec, élève renfermé et révolté. Deux années se sont écoulées. Le jeune père de Kern s'intéresse à l'éducation de Sébastien. Mais son dévouement cache de noirs desseins: une nuit, il le viole...
Dans ce roman d'inspiration autobiographique, Mirbeau s'attaque aux jésuites, à l'armée et, au-delà, à tout ce qui provoque une soumission de l'esprit au dogme et à l'arbitraire. Cette dénonciation n'est pas vraiment sous-tendue par une analyse idéologique, mais plutôt par l'affectivité. Elle se situe plus au niveau «des tripes», c'est une révolte primaire devant le viol, viol de l'esprit qui se terminera par un viol physique.
1. Auflage
  • Französisch
  • 0,62 MB
978-2-322-21133-3 (9782322211333)
Octave Mirbeau, né le 16 février 1848 à Trévières et mort le 16 février 1917 à Paris, est un écrivain, critique d'art et journaliste français. Il connut une célébrité européenne et de grands succès populaires, tout en étant également apprécié et reconnu par les avant-gardes littéraires et artistiques.

II


L'encourageant accueil, les affectueuses paroles du jeune prêtre ne rendirent point le calme à Sébastien. Vacillant, parmi les jambes hostiles et les bouillottes heurtées, il avait eu beaucoup de peine à s'installer, huitième, dans un coin. Et il restait le corps très raide, les paumes collées aux genoux, n'osant s'allonger sur les coussins, ni faire un mouvement, ni lever autour de lui ses yeux encore humides de larmes. Dépaysé dans le luxe d'un compartiment de première classe, comprenant qu'on l'observait, qu'on le dévisageait, il était horriblement gêné, et cette gêne lui était une souffrance lancinante qui absorbait l'autre, la souffrance de la séparation. Pourtant, au bout de quelques minutes, il s'aventura jusqu'à chercher, d'un glissement d'oil oblique et lent, à mieux entrevoir le Père, qui, sur la banquette d'en face, à droite, était assis, le menton levé, la tête renversée contre le dossier. Il lui parut très maigre, avec un long cou d'oiseau, des pommettes saillantes, une bouche mince, sans sourires, et des yeux redevenus sévères, sans caresses. Mais la manche d'une douillette, pendant, balancée, hors du filet, promenait sur son visage une ombre noire, courte, agile et mobile, qui en déformait les traits, tantôt noyés d'encre, tantôt éclaboussés d'une trop brutale et presque fantastique lumière. Sébastien s'amusa à suivre le jeu de cette ombre qui passait et repassait avec des battements de chauve-souris. Il dut abandonner cette distraction, qui lui servait en même temps de contenance, effrayé d'entendre le Père lui adresser une question banale, dans le but de le mettre à l'aise. Le rouge lui monta au front, comme s'il eût été pris en faute. Pour répondre, par un violent effort de courage, il rappela à lui sa volonté éperdue.

 

Bientôt de bruyantes conversations succédèrent au silence qui avait accueilli son arrivée. Le Jésuite y prit part, sur un ton enjoué, avec une familiarité de camarade, respectueux sous ses allures libres et dégagées, du rang social et de l'argent que représentaient ces jeunes collégiens. Étant tous des anciens, il les connaissait de longue date, et s'intéressait aux récits enthousiastes de leurs vacances. C'étaient des promenades à cheval, des chasses, des voyages, des comédies au château, des cochers, des gardes, des chiens, des poneys, des fusils, des évêques ; une évocation de vie élégante, heureuse, choyée, dont le contraste avec la sienne, monotone et vulgaire, redoublait l'embarras de Sébastien, y joignait l'amertume d'une inconsciente jalousie. C'étaient aussi des nouvelles du collège, données par le Père : les embellissements du parc, la chapelle de la congrégation, restaurée en l'honneur du magnifique retable offert par la sainte marquise de Kergarec. la pièce d'eau élargie pour le patinage. le théâtre reconstruit dans l'ancien jeu de paume des moyens. une très importante réforme du Père Préfet : l'exposition permanente, au parloir, d'un tableau contenant, gravés en lettres d'or, les noms de tous les élèves reçus à Saint-Cyr. Enfin, l'acquisition d'un yacht, le Saint-François-Xavier, pour les excursions en mer, les jours de grande sortie, un yacht tout blanc, portant à la proue l'image du saint, soutenue par deux anges aux ailes dorées.

 

- Très chic !. Bravo !. applaudit l'un des élèves.

 

À quoi le Père ajouta :

 

- C'est encore un secret. mais il est question d'une fête monstre, pour la bénédiction du Saint-François., messe en musique, procession, banquet, loterie. Le Père Gargan récitera une pièce de vers admirable.

 

Ô Saint-François-Xavier, tu vogueras, superbe,

Sous la direction du Père de Malherbe ;

Et ta proue écumante et ton beaupré vainqueur

Fendront les flots d'azur, avec beaucoup d'ardeur.

 

Et tous, se trémoussant de joie, entonnèrent en chour, avec le Jésuite qui battait la mesure :

 

Il était un petit navire

Qui n'avait ja. ja. ja.

 

Cette gaieté, qui correspondait si mal à l'état de son âme, navra Sébastien. Cela lui répugnait de penser que des chansons puissent sortir de lèvres, chaudes encore du dernier baiser des parents. Il s'efforça de ne pas les entendre. Le train roulait à toute vitesse. De son coin, où il demeurait immobile, l'enfant regarda, par la glace mi-levée de la portière, le paysage nocturne : une fuite d'ombres, puis, au-dessus, une fuite de ciel, de ciel étoilé d'or qui semblait retourner au pays, emporté par de rapides nostalgies. Longtemps, il s'attacha, rêveur, à la contemplation de ce ciel, que lui dérobaient parfois les épaisses fumées de la machine se dorant au rayonnement de la lampe, et se fondant, tour à tour, dans la nuit. La nuit était charmante ; des blancheurs y flottaient, au ras de la terre, doucement remuées ; sur les masses d'ombre, des reflets de peluches argentées se posaient ; et les champs prenaient des aspects de lacs endormis, de forêts noyées, de jardins dont les fleurs se vaporisent ; les coteaux s'érigeaient en villes confuses, infinies, hérissées de tours, de clochetons, de flèches, en villes barbares, en villes magiques, reculées jusqu'aux confins de l'espace et du rêve, par la métamorphose incessante des brumes.

 

Peu à peu, le calme se rétablit dans le wagon, les figures fatiguées s'ensommeillèrent ; et le Père, ayant déclaré qu'il était temps de dormir, récita une courte oraison, et baissa le store sur la lampe. Tous se tassèrent sous leurs couvertures, cherchant une position commode, au détriment du voisin. Le silence qui l'entourait, la demi-obscurité surtout, qui le baignait d'un mystère, où les visages n'apparaissaient plus que comme des frissons de lumière, tremblotant sur des taches de violentes ténèbres, enhardirent Sébastien. Heureux de n'avoir plus, braquée sur lui, l'ironique curiosité de tant de regards étrangers, il osa s'enfoncer davantage sur les coussins, étira ses membres engourdis, et, calant sa tête dans l'angle capitonné de l'accoudoir, il croisa les pans de sa redingote sur ses genoux, et ferma les yeux. Alors, au roulis orchestral du wagon, qui le berçait délicieusement, qui lui mettait dans l'oreille des musiques, des airs de chansons inconnues, des rythmes de danses oubliées, il sentit descendre en son être une grande douceur, presque une joie de vivre et d'être emporté ! La gêne, la crainte, la souffrance, tout cela s'évanouit, comme s'étaient évanouis les tourbillons de vapeur, s'interposant entre le ciel et lui. Il écouta, aussi, avec confiance, le bruit clair, le joli et léger tintement métallique d'un chapelet, dont les grains, durant une heure, se déroulèrent sous les doigts du prêtre. À mesure que chaque tour de roue l'éloignait davantage des choses regrettées, sans un déchirement intérieur, avec une mélancolie résignée et bienfaisante, il revoyait, en un rêve attendri, la petite rue de Pervenchères, les bonnes gens sur leurs portes, saluant son départ, la gare et ses jaunes affiches ; son père qui le tenait tendrement par la main, et le Jésuite, disant dans un sourire : « Quel charmant enfant, Monsieur !. Et comme nous l'aimerons. » Sur cette vision consolante d'une multitude de maîtres, ingénieux à l'aimer, il s'endormit profondément.

 

Il ne se réveilla qu'à Rennes, où l'on quittait le train. À peine si l'aube froide teintait d'une pâleur rosée la voûte vitrée de la gare. L'arc immense qui la termine s'ouvrait sur un ciel morne, brouillé de brumes jaunes, crasseuses ; dans les brumes s'enfonçait un paysage de toits noirs, de murs couleur de suie, de machines fumantes, de profils perdus. Et, parmi les rumeurs, les sifflets, les roulements des locomotives sur les plaques tournantes, dans la clarté ternie du gaz, une cohue d'ombres, une bousculade de dos vagues, de visages blafards, s'agitaient. Sébastien, effaré, emboîta le pas du Père.

 

À Rennes, d'autres bandes d'élèves, venus de directions différentes, attendaient. Ce fut un indescriptible brouhaha, une tumultueuse mêlée de poignées de mains, d'embrassades, de confidences impatientes, auxquels l'autorité des surveillants eut peine à mettre un terme. Après un déjeuner sommaire, promptement servi au buffet de la gare, ils s'empilèrent tous dans cinq grandes diligences, serrés l'un contre l'autre, chacun jouant des coudes et des genoux, afin de s'assurer une place meilleure ; Sébastien avait encore les idées obscures, les yeux bouffis de sommeil. Quoiqu'il eût très faim, il n'avait point osé prendre sa part du déjeuner. Comme personne ne l'y avait invité, il craignait de ne pas en avoir le droit. Dans la voiture, il se laissa marcher sur les pieds, renvoyer d'une banquette à l'autre, étourdi, inconscient, mais tâchant, dans son désarroi, à ne pas perdre de vue la soutane du Jésuite, comme un voyageur égaré s'obstine, du regard, vers la lumière aperçue dans la nuit, et qui le guide. Ce fut avec beaucoup de peine qu'il parvint à s'insérer entre deux camarades. Et la voiture roula.

 

- Tu es un nouveau ? lui demanda son voisin de droite, un bel adolescent qu'enveloppait un ample pardessus à collet de fourrure.

 

- Oui, répondit-il, tremblant, et cependant heureux que quelqu'un voulût bien s'occuper de lui. J'suis d'Pervenchères.

 

- Ah ! t'es...

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