L'Abbé Jules

 
 
Books on Demand (Verlag)
  • 1. Auflage
  • |
  • erschienen am 17. April 2020
  • |
  • 317 Seiten
 
E-Book | ePUB mit Wasserzeichen-DRM | Systemvoraussetzungen
978-2-322-21195-1 (ISBN)
 
Le retour de l'abbé Jules cause une terrible agitation à Viantais et bien de l'inquiétude aux parents du jeune Albert, le narrateur, qui apprend ainsi l'existence d'un oncle redouté. Qui est-il? Et surtout qu'a-t-il fait depuis six ans à Paris? Jules, enfant violent, sensuel et versatile, est devenu prêtre. À son premier sermon, il confesse ses fautes passées. Mais ce repentir est bref car, nommé secrétaire de l'évêque, homme doux et timoré, Jules ne tarde pas à faire régner la terreur sur l'évêché par une série de calomnies. Tantôt tyrannique, tantôt regrettant ses excès, Jules lutte constamment contre la tentation de la chair...
Ce roman se fonde sur une triple dénonciation. Dénonciation de la ville de province, représentée par Viantais, peuplée de mesquins et d'hypocrites. Dénonciation de l'Église, composée de prêtres cupides dépourvus de spiritualité. Dénonciation de la société et de ses valeurs.
1. Auflage
  • Französisch
  • 0,59 MB
978-2-322-21195-1 (9782322211951)
Octave Mirbeau, né le 16 février 1848 à Trévières et mort le 16 février 1917 à Paris, est un écrivain, critique d'art et journaliste français. Il connut une célébrité européenne et de grands succès populaires, tout en étant également apprécié et reconnu par les avant-gardes littéraires et artistiques.

II


Les maisons de Viantais sont bâties, au versant d'un petit coteau, de chaque côté de la route de Mortagne, qui débouche de la forêt, à un kilomètre de là, par une belle trouée dans la futaie, maisons propres et riantes, la plupart de briques, avec des toits hauts et des fenêtres gaiement ornées, l'été, de pots de fleurs et de plantes grimpantes. Quelques-unes attiennent à des jardins symétriquement disposés en plates-bandes et dont le mur qui les enclôt se couvre d'espaliers et s'encadre de vignes. Des venelles, ouvrant de brusques horizons sur les champs, aboutissent à l'unique rue, qui, vers le milieu du bourg, s'élargit en une vaste place, au centre de laquelle une fontaine se dresse ; puis la rue continue de descendre jusqu'à la vallée et la grand'route, franchissant la rivière sur un pont de granit rose, reprend son cours paisible à travers les prés, les cultures et les boqueteaux. Dans le haut du pays, et reliée à lui par une vaste allée d'ormes - rendez-vous des gamins qui jouent à la marelle - l'église apparaît, vieille, tassée, coiffée d'un clocher pointu, en forme de bonnet de coton. À droite, sont les écoles et notre habitation ; à gauche, le presbytère, séparé du cimetière par un mur démoli, creusé en brèches, de-ci, de-là, au-dessus desquelles l'on voit les croix qui se démantibulent et les tombes qui verdissent. Au milieu de l'allée d'ormes, un calvaire s'élève, dont le christ de bois peint, pourri par l'humidité, n'a plus qu'une jambe et qu'un bras, ce qui n'empêche pas les dévotes de venir s'agenouiller au pied de la croix, et de marmotter des oraisons, en égrenant leur chapelet.

 

À cette époque Viantais comptait deux mille cinq cents habitants, et ne renfermait pas plus de vingt familles bourgeoises et ménages de fonctionnaires. On s'y voyait très peu, même entre parents qui, presque tous, se trouvaient divisés pour de féroces et mesquines considérations de vanité, ou brouillés par des affaires de succession. Nos relations, à nous, se bornaient aux Servière, dont le luxe gênait mes parents, les inquiétait, les mettait en méfiance ; au curé Sortais, vieillard excellent, charitable et compromettant, à cause de l'excessive candeur de son âme, qui l'incitait à commettre sans cesse les plus lourdes bévues ; enfin, aux Robin, devenus tout de suite les intimes de la maison. Nous recevions bien, de loin en loin, la visite du cousin Debray, ancien capitaine d'infanterie, original fieffé, qui passait son temps, mangeait l'argent de sa retraite à empailler des belettes et des putois dans des attitudes comiques et prétentieuses, mais on lui faisait mauvais accueil, parce qu'il ne pouvait prononcer deux mots sans jurer, et qu'il « sentait la bête morte », disait ma mère. Les Robin, dès leur arrivée - ils n'habitaient le pays que depuis quatre ans - s'étaient étroitement liés avec nous. À la première entrevue, nous nous étions reconnus pour des êtres de même race. Comme il n'existait, entre les Robin et ma famille, aucune rivalité d'intérêt ou d'ambition, qu'ils avaient les mêmes instincts, les mêmes goûts, une compréhension pareille de la vie, l'amitié s'établit durable ; amitié d'ailleurs restreinte à la facile observance d'un égoïsme cordial, qui n'eût point résisté aux plus légères secousses du sacrifice et du dévouement.

 

M. Robin, ancien avoué de Bayeux, avait été, sa charge vendue, nommé juge de paix, à Viantais, grâce à la protection d'un sénateur, dont il parlait sans cesse et à propos de tout, avec enthousiasme. C'était un homme d'une cinquantaine d'années, vaniteux, solennel et stupide, irréparablement. Au physique, il ressemblait à un singe, à cause de sa lèvre supérieure, un large morceau de peau, bombante et mal rasée, qui mettait une distance anormale entre le nez aplati et la bouche fendue jusqu'aux oreilles. Pour le reste, petit, gras, la face jaune, dans un collier de barbe grisonnante, le ventre rond, les mains poilues. Par une habitude de citadin, qui a beaucoup traîné, des dossiers sous le bras, dans les greffes et les tribunaux, il ne se montrait qu'en chapeau de forme haute, en redingote de casimir noir, en cravate blanche, et aussi en galoches, - la seule concession qu'il eût faite aux mours locales. Sans qu'on en connût les raisons historiques, on le disait d'une incorruptibilité presque farouche, - un vieux Romain - et cependant, à la veille des audiences, on voyait entrer chez lui des paysans avec des paniers bondés de volaille et de gibier, qu'ils remportaient vides, à la suite de quelque discussion juridique, sans doute. Ses adversaires politiques eux-mêmes rendaient justice à son indépendance et à sa dignité, bien qu'il les condamnât toujours et de parti pris, au maximum de la peine, quand ils avaient le malheur de paraître à sa barre. Enfin, aucun professeur de droit n'était plus ferré que lui sur le code civil, qu'il pouvait réciter de mémoire, tout entier, dans l'ordre inflexible des articles. Du moins, il aimait à se vanter de ce tour de force, et, quoique très prudent, proposait à qui voulait d'extravagants paris que personne, jusqu'ici, n'avait osé relever, ce qui lui valait une réputation de jurisconsulte phénomène dans tout le canton et au delà. Il savait aussi, de la même manière, les arrêts de la Cour de cassation ; il savait tout. Mais il avait un curieux défaut d'articulation dans la langue. Il prononçait les B comme les D, et les P comme les T. Aussi, c'étaient souvent des combinaisons de mots fort comiques, dont on s'étonnait à l'audience. Un jour, au père Provost, qui s'embarrassait dans une explication, il dit :

 

- Mon tère Trovost, vous vous endrouillez, vous vous endrouillez.

 

À quoi le bonhomme avait répondu, tout rougissant :

 

- Quoi qu'm'chantez là, mossieu l'juge ?. C'est-y des saloperies ?

 

Cela ne nuisait du reste en rien à son prestige établi de magistrat considérable et d'homme du monde accompli. Il avait même, parmi les plaideurs mécontents, l'honneur d'un sobriquet : on l'appelait le juge Lendrouille.

 

Quelquefois, M. Robin venait me chercher pour l'accompagner en ses promenades. Et nous allions par les routes. Brusquement, il s'arrêtait, soufflait un instant, et, le buste renversé en arrière, la figure de trois quarts, le geste dominateur, il s'essayait à des éloquences futures.

 

- Et, Messieurs, clamait-il, que dire de ce jeune homme, élevé chrétiennement tar une famille tieuse, et que les tassions dasses du tlaisir et de l'amdition, ont conduit, jusque sur ce danc d'infamie ?. Oui, Messieurs.

 

Il s'animait, invoquait la justice, adjurait la loi, prenait Dieu à témoin. Ses bras tournaient sur le ciel, incohérents et rapides, comme des ailes de moulin à vent.

 

- Oui, Messieurs, la société moderne, dont les dases fondamentales.

 

Et tandis qu'il parlait, enflant la voix, les oiseaux s'enfuyaient en poussant de petits cris ; les pies effarées gagnaient les branches hautes des arbres. Au loin, les chiens aboyaient.

 

- Mais tleure donc, mâtin, tleure donc ! me criait M. Robin qui, à bout de souffle, s'affaissait sur la berge de la route et restait là, pendant dix minutes, à s'éponger le front, dans une extase tribunitienne, où il voyait Berryer lui sourire.

 

En rentrant, il me faisait des recommandations.

 

- Tu travailleras ton droit, ou ta médecine ; tlus tard, tu iras à Taris. Eh dien !. rattelle-toi, mon ami, qu'il faut être économe. L'économie, vois-tu, tout est là. quand on a l'économie, on a toutes les autres vertus.

 

Pour la centième fois, il me citait l'exemple d'un jeune homme de Bayeux, à qui son père, très riche industriel, allouait deux mille francs par mois pour vivre à Paris. Le jeune homme se privait de tout, s'habillait et mangeait comme un pauvre, ne sortait jamais, dépensait à peine cent francs par mois, et avec ses économies entassées dans un bas de laine, achetait des actions de chemins de fer et des rentes sur l'État.

 

- C'est sudlime, ajoutait-il, en me tapotant la joue. C'est sudlime une conduite comme ça. Sois économe, mon garçon. Avec de l'économie, non seulement un sou c'est un sou, mais c'est deux sous, comme dit ma femme qui connaît toutes choses. Et tuis.

 

Mettant son chapeau sur l'oreille, en casseur d'assiettes, et traçant dans l'air, avec sa canne, de fantastiques moulinets, il concluait gaillardement :

 

- Et tuis. ça n'emtêche toint qu'on s'amuse, mâtin !. Il faut dien que jeunesse se tasse.

 

Il appelait cela m'apprendre la vie, et me préparer aux luttes de l'avenir.

 

Un corps sec, anguleux, très long, un visage rouge où l'épiderme, par endroits, s'exfoliait, un nez en l'air, court, aux narines écartées ; les cheveux d'un blond verdâtre, plaqués en bandeaux minces sur les tempes meurtries, telle était Mme Eustoquie Robin, qui « connaissait toutes choses ». Il était impossible de voir une femme plus disgracieuse. Sa laideur naturelle se compliquait de toutes les manies ridicules dont on eût dit qu'elle prenait plaisir à la souligner. Elle avait, en parlant, une façon aigre et sifflante de détacher chaque syllabe, entre deux aspirations, qui agaçait les nerfs autant que le frottement d'un doigt sur du verre mouillé. Et...

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