La Destinée

 
 
Librinova (Verlag)
  • 1. Auflage
  • |
  • erschienen am 14. Dezember 2017
  • |
  • 231 Seiten
 
E-Book | ePUB mit Wasserzeichen-DRM | Systemvoraussetzungen
979-10-262-1456-4 (ISBN)
 
Le jeune docteur Martelac, les deux mains dans ses poches et les yeux fixés sur les pavés inégaux entre lesquels une pluie d'orage venait de laisser des plaques d'eau jaunâtre, descendait une longue rue en pente comme il y a tant à Poitiers. Cette ville, dont une partie est sur une hauteur, est séparée des coteaux connus sous le nom de dunes, qui l'entourent presque entièrement, par des faubourgs étalés sur les rives du Clain. Des rues, partant du plateau sur lequel s'élèvent ses principaux édifices, vont aboutir aux boulevards qui longent la rivière et forment une ceinture trop souvent poussiéreuse à la vieille cité.

Pierre Fardou, professeur de français et passionné de littérature.
  • Französisch
  • 0,21 MB
979-10-262-1456-4 (9791026214564)

CHAPITRE II


 

 

Nicolas Larousse, dont avait parlé Mme Martelac, habitait une

grande maison située au bas d'une de ces rues populeuses qui

descendent jusqu'au boulevards. Changeant de nom deux ou trois

fois sur son parcours, cette rue conserve à peu près partout

son même aspect et des troupes d'enfants sales et déguenillés

l'encombrent pendant la belle saison, à l'heure où l'école les

rend à leurs familles. Si je ne craignais d'accuser à tort

l'édilité poitevine, je soupçonnerais cette rue de n'être

guère nettoyée que grâce à sa pente rapide, lorsqu'une averse

orageuse vient la changer en torrent. Alors, l'eau emporte les

débris de toute sorte dont la jonchent sans scrupule les

ménagères peu soigneuses qui l'habitent.

 

La rue habitée par Nicolas conserve plusieurs monuments

anciens et historiques, et à l'endroit où elle quitte le nom

de Saint-Michel pour prendre celui de Saint-Etienne, on

montrait encore au commencement de notre siècle une pierre sur

laquelle Jeanne d'Arc, logée à l'hôtel de la Rose, mit le pied

pour monter à cheval lorsqu'elle quitta Poitiers, où elle

avait été amenée, en 1428, afin d'y être interrogée par les

docteurs de la faculté.

 

A ce moment, la cité poitevine était une ville importante, où

était le parlement, où siégeait le conseil et où se trouvaient

les membres de l'Université de Paris demeurée fidèles à

l'héritier de Charles VI. Ce jeune prince, doutant de la

mission de Jeanne d'Arc, lui fit subir à Poitiers une épreuve

solennelle. Elle fut interrogée par les docteurs les plus

autorisés de l'Eglise et de l'Etat. A la suite de cet

interrogatoire, qui dura trois semaines et auquel elle

répondit de façon à ce que ces doctes personnages fussent

_grandement ébahis_, dit la chronique, par la sagesse de ses

paroles, ils conclurent en sa faveur. Ces juges intègres

reconnurent n'avoir trouvé en elle, après une sérieuse

enquête, que "bien, humilité, virginité, dévotion, honnêteté,

simplesse". Tout ce qui rappelle le souvenir de notre grande

héroïne doit être pieusement conservé; aussi cette pierre

rendue précieuse par la tradition est aujourd'hui déposée à

l'hôtel de ville.

 

La demeure de Nicolas se trouvait à l'angle de la rue, sur le

boulevard; elle était formée d'un grand bâtiment en ruines et

conservant l'apparence recueillie et calme d'un couvent, car

il avait autrefois fait partie d'un vaste monastère qui

étendait ses dépendances jusqu'au bord du Clain. Les habitants

de la rue se hasardaient rarement de ce côté dès que la nuit

arrivait, et vous n'eussiez pas trouvé dans cette population

besogneuse une femme ou un enfant pour faire une commission

chez Nicolas, lorsque sa maison n'était plus éclairée que par

sa petite lampe de cuivre. On disait qu'il _y revenait_ et

peut-être le vieillard entretenait-il ce bruit afin d'éloigner les

curieux.

 

Il vivait seul avec sa petite-fille, une enfant de dix ans,

chétive et pâle, qu'on s'étonnait de voir grandir, si

lentement que ce fût, au milieu de la vie triste et sans air

qu'il lui faisait. Sarah sortait rarement; elle ne jouait

jamais avec les autres enfants de la rue. Un jour, peu de

temps après son arrivée à Poitiers, elle avait voulu se mêler

à un groupe d'entre eux; une fillette à laquelle elle tendait

la main pour prendre part à une ronde s'était retirée avec un

geste d'effroi à cette parole de son frère:

 

- Laisse-la, c'est la petite-fille du juif !

 

Ces mots firent le vide autour d'elle; tous s'éloignèrent en

la regardant avec une curiosité maligne.

 

Depuis, Sarah n'essaya jamais d'adresser la parole à aucun

d'eux; elle mit une sorte de fierté inconsciente à ne pas

solliciter ce qu'on lui refusait. Pourquoi la repoussait-on ?

Elle l'ignorait. Juive ? Elle ne l'était pas, elle savait à

peine ce que signifiait ce mot.

 

La pauvre innocente portait au cou une médaille d'or sur

laquelle était inscrit son nom: Sarah Alain, et la date de son

baptême. Comment ce bijou avait-il échappé à la rapace

convoitise de son grand-père ? Lorsqu'il s'était trouvé

l'unique protecteur de l'enfant, il avait, il est vrai, essayé

de s'emparer de cette médaille; mais Sarah s'était révoltée,

et cédant à ses pleurs, il s'était contenté de prendre, pour

la vendre, la chaîne à laquelle elle était suspendue. Un

matin, en s'éveillant, la petite fille l'avait trouvée

remplacée par une ganse, ce dont elle avait été étonnée. La

présence de la médaille l'avait pourtant consolée de cette

disparition, et depuis, Nicolas avait oublié le fragile

souvenir qu'elle gardait comme un talisman. La petite-fille de

M. Larousse avait donc été baptisée aussi bien que lui-même,

quoique en réalité le vieil avare se souciât assez peu de

savoir à quelle religion il appartenait. Lorsqu'ils étaient

venus, lui et Sarah, âgée de six ans, s'installer dans le

quartier qu'ils habitaient, ne le voyant jamais mettre les

pieds à l'église et lui reconnaissant les instincts rapaces

propres à la race maudite, les voisins l'avaient surnommé "le

juif". Il n'avait jamais rien essayé pour empêcher ce titre de

lui demeurer.

 

Sarah formait toute sa famille; du moins, personne ne lui

connaissait aucun autre parent et personne n'en avait jamais

vu aucun autre passer le seuil de sa porte. Il n'était point

du pays. Quand il s'était décidé à se fixer à Poitiers, ce

n'avait été qu'après différents changements de résidence. Les

gens qu'il aurait pu intéresser à un titre quelconque devaient

avoir perdu sa trace, grâce à cette vie errante; mais le vieux

marchand ne semblait pas souffrir le moins du monde de son

isolement, et bien que l'enfant eût seule droit à son

affection, il n'en était pas plus tendre à son égard, l'unique

attachement dont il parût capable étant sa passion de l'or. Il

était riche, mais il vivait en pauvre afin de pouvoir lésiner

à son aise sous le couvert de son apparente pauvreté, et il

exploita le pus tôt possible la précoce intelligence de sa

petite-fille. L'activité enfantine de celle-ci lui épargna de

bonne heure les gages d'une femme de service.

 

Nicolas était marchand d'antiquités et Sarah était chargée de

mettre de l'ordre dans le magasin, formé par le rez-de-chaussée

entier de cette grand maison. Il y avait là cinq

pièces d'inégales grandeurs, reliées entre elles par des

couloirs étroits et noirs. A l'extrémité de l'un d'eux se

trouvaient des marches usées et suintant l'humidité, sur

lesquelles le pied glissait au premier abord. Elles

conduisaient à une sorte de petite parloir que Nicolas avait

consacré à son usage particulier.

 

Sarah n'y entrait jamais; sa vie se passait dans le magasin

et, grâce à l'encombrement de celui-ci, elle avait su s'y

faire de petites retraites inaccessibles où elle se glissait à

travers mille détours pour se livrer en liberté à ses

distractions solitaires. Son grand-père ne jugeant pas

nécessaire de lui accorder des moments de récréation, elle se

dérobait ainsi à sa surveillance. Ce n'était souvent qu'après

des appels réitérés qu'il voyait apparaître au-dessus d'une

table ou entre deux armoires la figure ébouriffée de sa

petite-fille, se levant enfin du coin où elle était blottie,

son chat entre les bras, le caressant et le berçant par

quelque chant étrange et sans suite, composé de bribes

recueillies par elle dans les chants de la rue.

 

M. Larousse avait installé dans un coin, derrière des meubles

passifs, les quelques ustensiles absolument indispensables au

ménage. C'était là le domaine réel de l'enfant, tout ce qui

représentait pour elle le foyer domestique. Elle y avait pour

unique ressource la société du chat, dont elle s'était fait un

ami. Nicolas, bien qu'il regrettât la maigre nourriture que

cet animal parvenait à soustraire à son avare surveillance,

tolérait pourtant sa présence, dans le but d'effrayer les

régiments de souris qui dansaient même en plein jour leurs

rondes audacieuses au milieu du magasin.

 

Les salles et les couloirs étaient remplis de meubles précieux

mêlés à d'infimes débris ramassés on ne sait où. Bahuts

sculptés avec art, tentures à peine flétries, vestiges d'une

élégance ruineuse qui avait abouti à une saisie judiciaire,

armures, bijoux anciens, tout cela se trouvait, étonné sans

doute d'un tel rapprochement, au milieu de meubles modernes et

des plus sordides défroques.

 

Dans ces dernières, Nicolas permettait à l'enfant de se

choisir des vêtements, et Dieu sait les singulières toilettes

résultant de la permission qu'il lui donnait. La petite...

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