Le Retour de Linou

 
 
Books on Demand (Verlag)
  • 1. Auflage
  • |
  • erschienen am 11. Februar 2020
  • |
  • 273 Seiten
 
E-Book | ePUB mit Wasserzeichen-DRM | Systemvoraussetzungen
978-2-322-20500-4 (ISBN)
 
Suite des Moulins d'autrefois, ce second roman de François Fabié nous ramène sur la Durenque au moulin de Roupeyrac. Nous sommes en 1904. Religieuse, Linou a voué sa vie à l'enseignement. La nouvelle loi de séparation venant de fermer son école, la voici de retour dans son village natal, quitté il y a plus de trente ans. Tout a bien changé: les membres de sa famille se déchirent, anticléricalisme et nouvelles techniques ont fait leur apparition. Affrontant les difficultés, Linou n'aura de cesse de ramener la paix parmi les siens.
Roman empreint de poésie et d'humanité, ce texte est aussi un document écologiste avant l'heure , qui pressent les abus et les excès de l'industrialisation à outrance.
1. Auflage
  • Französisch
  • 0,49 MB
978-2-322-20500-4 (9782322205004)
François Fabié, né au Moulin de Roupeyrac à Durenque (Aveyron) le 3 novembre 1846 et mort le 18 juillet 1928 à La Valette-du-Var (Var), est un poète régionaliste français. Le Moulin de Roupeyrac, sa maison natale, est aujourd'hui un musée consacré à sa vie et à son oeuvre.

II


- Nous voici chez nous, Aline, dit Jacques Terral, aidant la voyageuse à descendre et lui montrant, à gauche, une petite barrière à claire-voie ouvrant sur un raidillon bordé de pommiers, au bout duquel se dressait une construction modeste, toute neuve, non crépie encore, et surplombant l'étang du moulin.

 

- Venez boire un coup avec nous, Hippolyte, dit Jacques au voiturier.

 

- Merci pour cette fois, monsieur Jacques. Ma bête n'a pas mangé ; et il faut que je parte pour Carmaux dans deux heures. Bonsoir, ma Sour.., à bientôt.

 

- Oui, à bientôt, Hippolyte ; et merci encore.

 

Aline était si émue qu'elle défaillait presque et que Jacques dut la soutenir jusqu'au seuil où l'attendait, péniblement redressé sur son bâton de houx, un petit vieux, tout blanc, tout ridé, l'oil droit fermé, la bouche tordue, réduit à rien. Ce qui permettait de l'identifier, c'est qu'il portait toujours sa veste de tricot et son haut bonnet, tous deux enfarinés : c'était le père Terral.

 

Linou le tenait déjà dans ses bras, s'agenouillant presque devant lui pour avoir ses lèvres à la hauteur des maigres joues rêches et pouvoir mêler ses larmes à celles du vieillard.

 

- C'est toi, petite, gémissait-il ; tu reviens enfin ! Comme tu as tardé !. Le pauvre vieux ! tout le monde l'abandonne.

 

- Allons donc, père, fit Jacques ; ne parlez pas ainsi, alors que deux de vos enfants vous reviennent à la fois.

 

- Oui, oui., ils reviennent., pour quelques jours.

 

- Pour toujours, peut-être ; qu'en savons-nous ? D'ailleurs, si Cadet s'est séparé de vous, il ne s'en est pas allé hors pays ; et si vous aviez besoin de lui, il s'empresserait d'accourir. Et son fils François vous aime et vous vénère.

 

- Oui, celui-là, c'est un brave garçon, un vrai Terral.

 

- Je l'ai vu, papa, s'écria Linou.

 

- Où donc ?

 

- Dans l'autobus, entre Saint-Jean et La Garde. Mais je l'ai vu sans le connaître, c'est quand il a été descendu, à Fontfrège, que l'on a prononcé son nom. Il est charmant, à en juger par quelques propos de lui que j'ai entendus.

 

- À table ! fit Jacques, qui revenait d'allumer la lampe dans la petite salle à manger, à droite du vestibule.

 

Tous trois y pénétrèrent, Linou tenant son père sous le bras. On s'assit autour d'une table ronde sur laquelle fumait une soupière, au centre de quatre couverts. Sour Marthe s'essuyait les yeux, sans trouver de paroles. Terral la regardait avec cette application qu'apportent les petits enfants à dévisager un étranger.

 

- Eh bien ! père, vous ne la reconnaissez donc pas ? Elle n'a pourtant pas tant changé. Un peu plus pâle, seulement. Ah ! dame, le maigre, les jeûnes, la classe, les veilles à la chapelle !. On ne vous nourrissait donc pas dans ce triste couvent de Port-Vendres ?

 

- Ne raille pas les couvents, Jacques.

 

- À Dieu ne plaise ! ils sont fermés ; respect aux vaincus ! Il appela :

 

- Cécile !

 

Par la porte latérale entra une grande blonde jeune fille, toute rose d'émotion.

 

- Notre cuisinière, pour ce soir, Linou : comment la trouves-tu ?. Approche, mon enfant : la voilà, cette religieuse dont tu as si souvent entendu parler, et avec laquelle je suis sûr que vous serez amies. Devines-tu, Aline, à qui appartient cette belle fleur du Ségala ? Non ?

 

- Mais si, je le devine, répond Sour Marthe ; pas besoin d'être sorcière. Sauf la couleur des cheveux, d'ailleurs, elle ressemble tellement à son père Garric !.

 

- C'est la fille de Jeantou, en effet.

 

À ce nom familier de son ancien amoureux. Linou rougit aussi. Puis, elle tendit ses mains à la jeune fille, qui les serra avec effusion, en balbutiant :

 

- Il me tardait tant de vous connaître, ma Sour ! Si vous le permettez, je viendrai souvent vous voir, vous demander conseil.

 

- Sur quoi pourrais-je vous conseiller, mon enfant ?

 

- Mais sur tout. Quand on n'a pas de mère.

 

Et Linou tressaillit dans son cour : elle pourrait être, en effet, la mère de cette Cécile, si elle ne s'était donnée à Dieu pour le remercier d'avoir conservé la vie de sa mère à elle, et permettre à Jeantou d'épouser Mion.

 

- Je voudrais bien pouvoir vous être utile, ma belle enfant, fit-elle après un silence. Mais je ne m'appartiens pas : mes supérieures peuvent me rappeler d'un instant à l'autre.

 

- Ta, ta, répliqua Jacques ; tu resteras ici, puisqu'il n'y a plus de couvents.

 

- On me laïcisera, comme ils disent, et on m'enverra faire l'école quelque part. Il faut bien que je gagne ma pauvre vie.

 

- Ta vie ? intervint le vieux Terral ; tu reviendras au moulin, près de moi. Tu y retrouveras Jeantou, mon fermier, ton bon ami d'autrefois.

 

Il disait cela avec la demi inconscience des vieillards. Jacques le poussa du coude, et, profitant de ce que Cécile était retournée à la cuisine, lui dit à l'oreille :

 

- Père, ne réveillez pas de tels souvenirs.

 

- Quel mal y a-t-il ? répliqua le meunier. Ils s'aimèrent honnêtement. C'est moi qui eus tort de ne pas les marier. Ah ! si j'avais su !.

 

- Soit ; mais taisez-vous, de grâce : vous faites souffrir votre fille ; et il n'est pas nécessaire que celle de Garric sache cette vieille histoire.

 

- Ah ! s'il en est ainsi., parlons d'autre chose.

 

Cécile rentrait, servait, et acceptait de prendre place à côté de Sour Marthe. Et, au bout d'un instant, Jacques reprenait :

 

- Linou, si tu veux faire la classe à tout prix, je te trouverai des élèves à La Capelle ; et, mes modiques rentes aidant, nous vivrons ici paisiblement tous deux. Je ne promets pas, par exemple, d'être là tout le temps : je suis un peu nomade ; j'ai en projet divers travaux qui peuvent m'obliger à me rendre quelques fois à la ville.

 

- Ah ! mais, à propos, fit Aline, j'ai entendu parler, tout à l'heure, d'un livre de toi, Les Castagnaïres, je crois.

 

- En effet, dit Jacques ; une manière de roman champêtre. Je n'ai pas osé te l'envoyer.

 

- Et tu as bien fait ! Tu écris des romans, mon pauvre aîné ?

 

- Mais, petite nonne que tu es, il y a roman et roman., et le mien ne corrompra personne, je t'en réponds. À présent, d'ailleurs, je fais de la sculpture : il faut bien remplir les heures. J'ai une espèce d'atelier, là-haut, sous le toit.

 

- Il est joli, ton atelier, s'écria le vieux Terral, que deux verres de vin émoustillaient un peu. Partout des plâtras, des tas d'argile, et, au bout de piquets, des têtes grimaçantes, affreuses. Des portraits de décapités, sans doute.

 

- Tu vois, Aline, que notre père n'est pas très emballé sur mes ouvres.

 

- Si tu faisais de jolies figures, passe : une statue qui ressemblerait à Cécile, par exemple, ou à mon petit-fils François.

 

- Cela viendra peut-être, père, si Cécile s'y prête, et si Cadet permet à François de venir poser. Et toi aussi, Linou, je ferai ton portrait : je te représenterai en sainte Thérèse. Qu'en dis-tu ?

 

- Sais-tu seulement, mon frère, ce que fut sainte Thérèse ?

 

- Oui, je le sais. Me prends-tu pour un ignare, ou un « huguenot » ? Oh ! je ne suis pas un pilier d'église, et je ne chante pas encore au lutrin, quoique j'aime beaucoup le plain-chant. Mais je ne suis pas non plus un mécréant ; et, à l'occasion, tu me verrais du bon côté de la barricade, comme on dit à présent.

 

Après un instant de silence, Sour Marthe reprit :

 

- Parlez-moi de Cadet, de sa femme. J'ai appris, toujours dans l'autobus et par un monsieur qui est, paraît-il, un étudiant, que notre frère est devenu radical, « rouge », comme on disait jadis.

 

- Ce n'est que trop vrai, fit le père Terral.

 

- Peuh ! dit Jacques, c'est une couleur de circonstance qu'il a adoptée pour plaire aux « avancés » qui l'ont porté à la mairie, et aussi pour être bien avec la préfecture, son député et son conseiller général. Il la rejettera au premier jour : un Terral ne saurait errer longtemps.

 

- Quand l'ambition s'en mêle, mon pauvre aîné, gémit le vieillard, et quand on a épousé une femme comme la sienne, plus vaniteuse encore que lui.

 

- Je sais que vous n'avez guère fait bon ménage avec votre bru, dit Jacques en riant.

 

- Comment faire bon ménage avec une bête pareille, qui a toujours l'air d'une mule portant des reliques ?

 

- Oh ! papa, interrompit Linou, scandalisée ; quelle mauvaise langue vous avez !

 

- Mauvaise langue ? Va, va, quand tu connaîtras la Sophie. Je me demande souvent comment elle a pu inventer un fils comme celui qu'elle...

Schweitzer Klassifikation
BISAC Classifikation

Dateiformat: EPUB
Kopierschutz: Wasserzeichen-DRM (Digital Rights Management)

Systemvoraussetzungen:

Computer (Windows; MacOS X; Linux): Verwenden Sie eine Lese-Software, die das Dateiformat EPUB verarbeiten kann: z.B. Adobe Digital Editions oder FBReader - beide kostenlos (siehe E-Book Hilfe).

Tablet/Smartphone (Android; iOS): Installieren Sie bereits vor dem Download die kostenlose App Adobe Digital Editions (siehe E-Book Hilfe).

E-Book-Reader: Bookeen, Kobo, Pocketbook, Sony, Tolino u.v.a.m. (nicht Kindle)

Das Dateiformat EPUB ist sehr gut für Romane und Sachbücher geeignet - also für "fließenden" Text ohne komplexes Layout. Bei E-Readern oder Smartphones passt sich der Zeilen- und Seitenumbruch automatisch den kleinen Displays an. Mit Wasserzeichen-DRM wird hier ein "weicher" Kopierschutz verwendet. Daher ist technisch zwar alles möglich - sogar eine unzulässige Weitergabe. Aber an sichtbaren und unsichtbaren Stellen wird der Käufer des E-Books als Wasserzeichen hinterlegt, sodass im Falle eines Missbrauchs die Spur zurückverfolgt werden kann.

Weitere Informationen finden Sie in unserer E-Book Hilfe.


Download (sofort verfügbar)

4,99 €
inkl. 7% MwSt.
Download / Einzel-Lizenz
ePUB mit Wasserzeichen-DRM
siehe Systemvoraussetzungen
E-Book bestellen