Le souffle du dragon

 
 
Editions La Plume D'or (Verlag)
  • 1. Auflage
  • |
  • erschienen am 14. Januar 2018
  • |
  • 175 Seiten
 
E-Book | ePUB mit Wasserzeichen-DRM | Systemvoraussetzungen
978-2-924594-83-4 (ISBN)
 
Une vie, un village et des gens franchement intrigants Adopté à la naissance par un couple de braves cultivateurs d'une région cul-de-sac du Québec, Félix réalise a quel point il était tributaire de leur amour inconditionnel le jour où ils disparaissent, victimes sur la place Saint-Pierre de Rome, d'un attentat à la médaille piégée. Traumatisé par ce qu'il considère une injustice, talonné par l'envie d'appartenir à nouveau à quelqu'un et dans l'urgence de renouer avec la vie familiale, il s'installe à Montréal dans l'intention de retrouver ses parents biologiques, encouragé dans cette utopie par son oncle d'adoption qui convoite les 400 acres qu'il a reçus en héritage pour y installer une attraction touristique à la mesure de sa pétaradante mégalomanie. D'aventures désordonnées en rencontres cultivées dans l'ambiguïté et la marginalité, Félix se réfugie dans l'invention d'une mère secours jusqu'à ce que, poussé par le souffle cosmique du dragon porte-bonheur des Chinois, il se heurte à une destinée amoureuse construite sur le meilleur et le pire des pratiques Feng Shui de l'exubérante Alice, sa complice.

Franck Duval est né au c?ur de la France rurale en 1945. Après une enfance débridée partagée entre l'abrasive religiosité des collèges jésuites de son Bourbonnais natal et le Paris égrillard de ses parents restaurateurs, il choisit, à 14 ans, de rejoindre son père récemment émigré au Canada. Auditeur libre à l'Université d'Ottawa, il s'intéresse au théâtre où il s'exprime à titre d'auteur, de metteur en scène et de directeur d'un théâtre de poche et d'une petite troupe de tournées. Le théâtre l'amène à la télévision et à Montréal, où il se distingue pendant de nombreuses années en tant que réalisateur d'émissions socioculturelles, de variétés et destinées à la jeunesse, une sphère où sans renoncer à sa passion de l'écriture romanesque, il évolue comme auteur, concepteur et scénariste. Le souffle du dragon constitue sa première incursion dans le domaine littéraire.
  • Französisch
  • 0,60 MB
978-2-924594-83-4 (9782924594834)
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2


 

Le lendemain des funérailles, le vent souffla si fort qu'il emporta les dernières feuilles avec lui. Un poète aurait raconté que les arbres s'étaient décoiffés jusqu'au dernier par solidarité envers le jeune Légaré, sauf qu'à La Renonciation, les poètes se montraient d'une impénétrable discrétion, tout comme Félix qui se terra chez lui dans une intraitable solitude, à attendre que disparaisse sous la neige son envie d'exister.

Le village tourna la page Légaré et entama le chapitre de l'hiver qui s'installait plus tôt que prévu dans l'Almanach et qui s'annonçait rude, à en juger la hauteur des nids de guêpes et l'épaisseur de la pelure des oignons.

Quand Marie-Ange vint récupérer son side-car au garage, il pleuvait. Une averse glaciale qui cinglait le visage et plaquait les vêtements au corps.

-Tu me prêtes ton manteau de pluie, demanda-t-elle gentiment à son jeune frère plus prévoyant qu'elle.

Gaby, qui s'était stationné en face du restaurant pour qu'on le remarque au volant, éclata d'un rire sadique.

C'était le benjamin des Dalton. Un roquet de peau et d'os, court sur pattes, qui concentrait en lui tous les défauts de la famille. Il avait accepté d'accompagner sa sour parce qu'il venait d'obtenir son permis de conduire et qu'il saisissait toutes les occasions d'emprunter le minibus familial. Autrement, jamais il ne lui aurait rendu ce service.

-Trou duc! lui balança Marie-Ange en claquant la portière.

 

Comme elle ne portait qu'une petite robe de coton, elle frissonnait. En un éclair, Gaby fit demi-tour et l'éclaboussa.

Trempée des pieds à la tête, elle courut vers le garage, la robe moulée au corps, ruisselante de beauté, et d'une volupté à pulvériser les prétentions des pin-up à grosses babines qu'on retrouve dans les clips de rappeurs au fond de culotte soporifique et à la tuque de laine vissée sur la tête, peu importe la saison. Le genre de réflexion à trotter dans la tête de Roland Papineau, qui la regardait accourir vers lui en enjambant les flaques d'eau.

Une fois à l'intérieur du garage, Marie-Ange s'ébroua dans le contre-jour de la porte, affichant la découpe d'une paire de cuisses parfaites. En connaisseur, Roland apprécia, mais sans en faire une histoire. La jeune fille flirtait trop avec l'innocence pour lui donner le goût des jeux interdits. Pour que l'envie de dégainer lui pompe le sang, il avait besoin d'un peu de vice, d'une obscénité bon marché et d'une complicité bas de gamme, accompagnés de bouches en cul de poule et de clins d'oil racoleurs. Rien à voir avec Marie-Ange, ni avec sa femme, d'ailleurs.

-Toi, t'es comme ta mère, belle et chaude comme le soleil, ­finit-il par dire en se faufilant derrière le comptoir.

Marie-Ange prit sa veste de cuir dans le side-car, puis l'enfila pendant qu'il préparait la facture, qu'elle trouva salée.

D'un air entendu, Roland lui proposa un marché.

-Tu deviens la Miss de mon festival et on oublie ce que tu me dois!

En prononçant ces paroles, l'oil qu'il posa sur elle roula sur ses courbes enchanteresses. 

-On les connaît vos Miss, elles ont toujours le cul à l'air!

-Là, tu charries pas mal! 

-Si peu, cingla Marie-Ange en le regardant droit dans les yeux, qu'il avait malicieux.

-La beauté, c'est fait pour être montrée, ma parfaite! philosopha Roland en lui reprenant la facture des mains. Sans ça, le grand manitou nous aurait tous faits aveugles! 

Avec une patience de chat face à sa proie, il tournait et retournait la facture dans ses grosses mains, en ne regardant nulle part.

D'indécision, Marie-Ange soupira.

-J'aurai mon mot à dire sur le costume? finit-elle par demander.

-Si ça peut te rassurer, répliqua Roland. Affaire conclue?

Avant d'accepter, la jeune beauté devait en parler à son père. Roland s'indigna pour la forme, mais dans le fond, il n'était guère surpris. Le contrôle d'Hubert sur son clan ressemblait à celui qu'il aurait souhaité imposer à sa propre famille. Avec Civic, aucun problème; ce dernier mangeait dans sa main comme un goinfre. Avec Alice, par contre, c'était une autre histoire. Non seulement sa toute lisse était rarement là où il l'attendait, mais dès qu'il cherchait à lui serrer les ouïes, elle lui glissait entre les doigts.

À l'évidence, il était loin d'avoir la poigne du bonhomme Prévert! Pour ça, il eût fallu qu'il cultive plus de méfiance, davantage de soupçons. Dans le fond, pour faire un véritable Hubert de lui-même, il aurait fallu qu'il éprouve la crainte d'être cocu.

Alice avec un autre homme. Une aberration qui le faisait pouffer de rire chaque fois que l'idée l'effleurait. Tout le contraire de la belle Isabelle avec son sourire de porte ouverte et ses hanches d'accroche-cours. Qui n'avait pas été témoin d'une crise de jalousie d'Hubert Prévert! Jaloux à déraciner des arbres! Un fou furieux à la mémoire d'éléphant qui continuait d'avoir Roland dans le collimateur à cause d'une brève histoire avec Isabelle, à l'époque du never been kissed.

Que le bonhomme applique le même traitement à sa fille ne surprenait donc pas, d'autant plus que la petite avait le sans-gêne bien exposé sous ses tenues débraillées, ainsi qu'une liberté d'esprit et une joyeuse insouciance des convenances qui la cataloguaient d'emblée au top des Marie-couche-toi-là.

Mais c'était pour qui ne la connaissait pas, car sous ses allures de petite délurée, elle demeurait vertueuse. Personne n'en doutait, à l'exception des mauvaises langues et, bien entendu, de son père. Ne dit-on pas que la jalousie, comme l'amour, rend aveugle?

Roland insista malgré tout pour obtenir une réponse sur-le-champ, par pur plaisir de voir Marie-Ange se rebiffer.

-Demander la permission? plaisanta-t-il d'un ton moqueur. Toi, une féministe patentée. Laisse-moi rire!

En guise de réponse, son interlocutrice se contenta d'enfourcher sa moto et de mettre son casque. Derrière son mutisme, Roland la devinait prête à griffer.

-Marie-Ange Prévert, ricana-t-il, la fille qui se vante de savoir comment remettre n'importe quel homme à sa place!

-C'est pas d'un homme qu'il s'agit, mais de mon père, précisa Marie-Ange en enfonçant ses cheveux sous le casque. J'ai pas envie de le contrarier! Pas après ce qui s'est passé chez vous!

-Mélange pas tout, grogna Roland, maintenant sur la défensive. Félix Légaré et les Papineau, ça fait deux!

-Pour vous dire la vérité, je ne m'attendais pas à un geste si grossier de sa part, répliqua Marie-Ange en démarrant la moto. Surtout pas à l'enterrement de ses parents!

-Je te rappelle que Félix ne fait pas vraiment partie de la famille! hurla Roland pour couvrir le bruit du moteur.

-Les hommes sont tous pareils! Toute la maudite gang!

Elle fit avancer le side-car au ras de la grande porte et fit gronder le moteur, debout sur les repose-pieds.

Dès que Roland ouvrit la porte, la moto fila. Il la regarda s'éloigner en se disant que cette fille avait définitivement le sang chaud pour rouler sous cette pluie glaciale.

Il ferma les yeux sur le souvenir des seins d'Isabelle, qu'il avait effleurés quelque trente ans plus tôt. Avec le même éblouissement qu'à l'époque, il se remémora la brûlure de ses doigts au contact de la peau, ainsi que celle plus cuisante, suite à la gifle que lui avait value cette audace.

Comme chaque fois qu'il évoquait ce souvenir, il s'abîma les sens sur le regret d'avoir laissé passer une si merveilleuse fille pour courtiser la petite Alice qui, en comparaison, avait si peu de seins et si peu de fesses; mais - il se devait de le reconnaître - un très très grand magasin.

Il revint à Marie-Ange, qui était déjà loin. Le ronronnement du moteur s'estompait sous la pluie qui redoublait.

Sauter sur sa moto par un temps pareil. Il n'était pas loin de penser qu'elle avait plus de couilles que son fils qui avait la chance de tâter ce morceau de choix et qui n'en profitait pas. Une fois de plus, il en voulait à ce dernier de gaspiller sa vigueur à soulever de la fonte et brasser de la machinerie dispendieuse, au lieu de se consacrer à envoyer cette fille au septième ciel. Son fils transformé en engin à dilapider de l'énergie dans un mouvement inutile et sans fin qui partait du frigo et se terminait dans des gaz à effet de serre!

Roland rabattit la porte en sacrant inutilement contre le déluge de pluie qui s'installa au-dessus du village, telle une punition du ciel pour les nombreux péchés engrangés par certains paroissiens, au dire des mauvaises langues.

Après quelques jours de temps exécrable, l'automne retrouva sa palette de nature morte, une palette aux couleurs des chasseurs à l'affût, eux aussi grands...

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