Ingénue

 
 
Books on Demand (Verlag)
  • 1. Auflage
  • |
  • erschienen am 21. Januar 2019
  • |
  • 337 Seiten
 
E-Book | ePUB mit Wasserzeichen-DRM | Systemvoraussetzungen
978-2-322-12741-2 (ISBN)
 
Marat, médecin aux écuries du comte d'Artois, et Danton, avocat, font connaissance à l'occasion de l'annonce du remplacement de M. de Brienne par Necker au poste de ministre des finances. Au cours d'un déjeuner, Marat raconte à Danton un épisode de sa jeunesse qui a bouleversé sa vie aussi bien moralement que physiquement. En Pologne, il fut le professeur de la belle comtesse Cécile Obinska dont il tomba amoureux fou.

Devant son mépris, il lui fit prendre un narcotique et abusa d'elle. A la suite de quoi il fut roué de coups et laissé pour mort. Le chemin du retour en France fut long, semé d'embûches et les souffrances endurées le rendirent laid et méchant...

Extrait : C'est bientôt passé ! s'écria Marat en se levant ; êtes-vous si peu philosophe, jeune homme, que vous mesuriez la douleur par le temps qu'elle dure, et non par le coup qu'elle frappe, par le fait, et non par les suites ? Mais, songez donc à cela si une douleur insupportable dure une seconde, elle dure une éternité ; et, lorsque cette douleur, insupportable déjà, laisse assez de sentiment pour que celui qui l'éprouve comprenne, tout en l'éprouvant, que la fin de la douleur est la fin de la vie, et quand, malgré cette douleur insupportable, pour prolonger sa vie, il voudrait prolonger sa douleur, vous ne croyez pas qu'il y ait là un intolérable supplice ?
1. Auflage
  • Französisch
  • 0,58 MB
978-2-322-12741-2 (9782322127412)
Alexandre Dumas, père (French for "father", akin to Senior in English), born Dumas Davy de la Pailleterie, was a French writer, best known for his numerous historical novels of high adventure which have made him one of the most widely read French authors in the world. Many of his novels, including The Count of Monte Cristo, The Three Musketeers, The Man in the Iron Mask, and The Vicomte de Bragelonne were serialized. Dumas also wrote plays and magazine articles, and was a prolific correspondent.

XXXI


Un aristocrate et un démocrate du Faubourg Saint-Antoine

Comme il était déjà tard lorsque l'abbé Bonhomme sortit de chez Rétif, et que, malgré cette nouvelle qu'il venait d'apprendre du repentir d'Auger, le romancier ne voulait point se hasarder avec sa fille dans les rues de Paris pendant l'obscurité, ce ne fut que le lendemain, vers midi, que Rétif se rendit chez le marchand de papiers peints, pour exécuter la promesse faite la veille à M. le curé de la paroisse Saint-Nicolas-du-Chardonneret.

Réveillon était en grande conférence avec un de ses voisins.

Les deux filles de Réveillon s'emparèrent d'Ingénue, et prièrent Rétif d'attendre que M. Santerre eût fini de causer avec leur père.

« Santerre le brasseur ? demanda Rétif.

- Oui, monsieur Rétif ; vous pouvez les entendre.

- Diable ! oui ; il me semble même qu'ils crient bien haut.

- Il en est toujours ainsi quand ils causent politique.

- Mais on dirait qu'ils se fâchent.

- C'est possible, attendu qu'ils ne sont du même avis sur rien ; mais, comme ils sont en relations d'affaires, ils ne se brouillent jamais sérieusement, et ils ont beau crier haut, cela ne nous inquiète pas. »

Rétif écoutait pendant ce temps ce qui se disait dans le cabinet de Réveillon.

« Ah ! ah ! murmura-t-il, ils parlent de l'affaire de M. Dubois, le chevalier du guet. Il y a là, en effet, matière à controverse.

- Il a bien fait, disait Réveillon, et je trouve qu'il s'est conduit en brave soldat, en bon serviteur du roi !

- C'est un gueux ! c'est un scélérat ! criait Santerre : il a fait tirer sur le peuple.

- Eh ! le peuple qui se révolte, disait Réveillon, ce n'est plus le peuple.

- Quoi ! parce que vous êtes riche, vous voulez garder pour vous seul le droit d'avoir une opinion et de la dire, et parce qu'on est pauvre, il faudrait tout souffrir sans jamais se plaindre ou se révolter un peu ! Allons donc !

- Je ne veux pas qu'on aille, malgré le roi et la loi, troubler le repos public, voilà ce que je dis.

- Réveillon ! Réveillon ! cria Santerre, ne dites pas de ces choses-là, mon ami.

- Que je ne dise pas ce que je pense ?

- Non, surtout devant vos ouvriers.

- Et pourquoi cela ?

- Parce qu'un jour ou l'autre, ils brûleront vos papiers, entendez-vous !

- Eh bien, si, ce jour-là, nous avons le bonheur d'avoir encore M. Dubois pour chevalier du guet, il viendra avec une escouade et fera tirer sur eux, comme il a fait tirer sur toute cette canaille du pont Neuf et de la place Dauphine. »

« Diable ! diable ! murmura Rétif, mon ami Réveillon est encore moins du mouvement que je ne croyais, et, s'il s'était trouvé comme moi et Ingénue au milieu des coups de fusil, s'il eût vu emporter les blessés, s'il eût compté les morts... »

Pendant que Rétif faisait à demi-voix cette réflexion, Santerre, qui n'était pas homme à avoir le dernier mot, criait plus haut qu'il n'avait fait encore :

« Ah ! vous appelleriez M. Dubois ? ah ! vous iriez chercher le chevalier du guet ? ah ! vous feriez tirer sur de pauvres diables sans défense ? Eh bien, je vous déclare, moi, qu'au premier coup de fusil, mes ouvriers seraient là pour prêter main-forte aux vôtres.

- Vos ouvriers ?

- Oui, et moi à leur tête, entendez-vous !

- Eh bien, c'est ce que nous verrions.

- Eh bien, c'est ce que vous verriez. »

En ce moment, la porte du cabinet s'ouvrit brusquement et bruyamment ; Réveillon et Santerre apparurent sur le seuil.

Santerre était fort rouge et Réveillon fort pâle.

Tous deux donnèrent du nez contre les trois jeunes filles, assez inquiètes de la scène qu'elles venaient d'entendre, et contre Rétif, qui faisait semblant de n'avoir pas entendu.

« Bonjour, cher monsieur Rétif, dit Réveillon.

- Ah ! monsieur Rétif de la Bretonne », dit Santerre en souriant au romancier du haut de sa taille d'athlète.

Rétif s'inclina, très heureux d'être connu de M. Santerre.

« Un écrivain patriote, lui ! » continua le marchand brasseur.

Rétif salua encore.

Santerre s'approcha et lui serra la main.

Pendant ce temps, Réveillon, comprenant que tout ce qui venait d'être dit dans son cabinet avait été entendu, Réveillon saluait Ingénue d'un air embarrassé.

« Vous nous avez entendus ? dit Santerre riant en homme convaincu que, défendant une bonne cause, il pouvait répéter devant tous ce qu'il avait dit en tête à tête.

- Dame ! vous parliez assez haut, monsieur Santerre, répondit la plus jeune des filles de Réveillon.

- C'est vrai cela, dit Santerre avec sa grosse voix et son gros rire - car il avait déjà perdu toute animosité de la discussion - c'est ce diable de Réveillon qui en est encore à Henri IV ! Il approuve le gouvernement dans tout ce qu'il fait, et il attend chaque matin la poule au pot.

- Le fait est, dit Rétif, jaloux de se concilier du premier abord le marchand brasseur, personnage d'une influence notoire ; le fait est que, l'autre soir, il y faisait chaud près de la statue de Sa Majesté Henri IV !

- Ah ! ah ! vous étiez donc là, monsieur Rétif ? demanda Santerre.

- Hélas ! oui, Ingénue et moi... N'est-ce pas, Ingénue ?... Nous avons même failli y rester.

- Eh bien, dit le brasseur, vous entendez, mon cher Réveillon, M. Rétif était là avec sa fille.

- Après ?

- M. Rétif et sa fille ne sont ni de la canaille, comme vous le disiez tout à l'heure, ni des ennemis du repos public.

- Eh bien, quoi ? Ils ne sont pas morts ! et puis, ils seraient morts, tant pis ! pourquoi étaient-ils là, au lieu d'être chez eux ? »

Il n'y a rien de tel que les modérés pour faire des raisonnements féroces.

« Oh ! oh ! dit Santerre avec son gros et logique bon sens, vous leur reprochez de se promener dans Paris, à ces pauvres bourgeois de Paris ? Voyons, maître Réveillon, vous qui visez à être électeur, soyez donc un peu plus patriote, que diable !

- Eh ! corbleu ! s'écria Réveillon piqué au vif pour la seconde fois - car si, la première, on l'avait menacé dans ses intérêts, la seconde, on venait de l'égratigner dans son amour-propre -, je suis aussi bon patriote que qui que ce soit au monde, mon cher Santerre ; mais je ne veux pas de bruit, attendu qu'avec du bruit, pas de commerce !

- C'est cela, dit Santerre, à merveille ! faisons une révolution, mais ne déplaçons personne et ne dérangeons rien. »

Et il prononça ces paroles avec ce flegme railleur qui constitue l'un des caractères les plus saillants de l'esprit français.

Rétif se mit à rire.

Le brasseur, se sentant soutenu, se tourna du côté de Rétif.

« Enfin, je vous en fais juge, vous qui y étiez, dit-il, on prétend qu'il y a eu trois cents personnes tuées.

- Pourquoi pas trois mille ? dit Réveillon, un zéro de plus ou de moins, ce n'est pas la peine de s'arrêter à cela. »

La figure de Santerre prit une certaine gravité dont on n'eût pas cru capable cette physionomie vulgaire.

« Mettons-en trois seulement, dit-il. La vie de trois citoyens vaut-elle moins que la perruque de M. de Brienne ?

- Certes, non ! murmura Réveillon.

- Eh bien, répéta Santerre, je vous dis, moi, que trois cents citoyens ont été tués, et que beaucoup ont été blessés.

- Bon ! dit Réveillon, voilà que vous appelez cela des citoyens ! une foule de gens sans aveu qui s'étaient portés au logis du chevalier Dubois pour piller ! On les a fusillés, et l'on a bien fait, je l'ai déjà dit, et je le répète.

- Eh bien, mon cher Réveillon, deux fois au lieu d'une, vous avez dit une chose qui n'est point exacte : vous savez bien que des gens très comme il faut ont été victimes de cette échauffourée... N'est-ce pas, monsieur Rétif ?

- Pourquoi me demandez-vous cela, à moi ? fit Rétif.

- Mais, dame ! répondit naïvement Santerre, parce que vous venez de dire que vous étiez là. »

Rétif commençait à être fort embarrassé de la tournure que prenait la conversation, et de l'intérêt qui s'y attachait.

« Ah ! fit une des filles de Réveillon, vous dites qu'il y a eu des victimes parmi les gens honnêtes ?

- Parbleu ! dit Santerre, pourquoi pas ? Les balles sont aveugles, et la preuve, c'est qu'on cite... »

Rétif se mit à tousser très fort.

« D'abord, dit Santerre, on cite une femme de président, qu'une balle a tuée roide...

- Pauvre femme ! dit mademoiselle Réveillon.

- On cite un gros marchand drapier de la rue des Bourdonnais... »

Rétif respira.

« On cite...

- Beaucoup, beaucoup d'honnêtes gens ! » se hâta de dire Rétif.

Mais Santerre n'était pas homme à se laisser couper ainsi la parole.

« On cite, dit-il d'une voix éclatante, pour couvrir la toux sèche et opiniâtre de Rétif, on cite jusqu'à des aristocrates !

- En vérité ?

- Ainsi, par exemple, un page... »

Rétif devint rouge à faire rire, Ingénue pâle à faire peur.

« Un page ? murmura-t-elle.

- Oui, oui, un page, dit Santerre, et de M. le comte...

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