David Copperfield

Tome I
 
 
Books on Demand (Verlag)
  • 1. Auflage
  • |
  • erschienen am 21. November 2019
  • |
  • 953 Seiten
 
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978-2-322-18578-8 (ISBN)
 
Le narrateur du roman est David Copperfield qui, une fois adulte, nous raconte l'histoire de sa jeunesse. Jeune garçon, il mène une existence heureuse avec sa mère et sa nourrice, Peggotty, puisque son père est mort avant sa naissance.
1. Auflage
  • Französisch
  • 0,82 MB
978-2-322-18578-8 (9782322185788)
Charles Dickens, né à Portsmouth dans le comté du Hampshire le 7 février 1812, mort à Gad's Hill dans le Kent le 9 juin 1870, est un romancier britannique. Il est le plus célèbre des écrivains anglais du XIXe siècle.

CHAPITRE PREMIER. Je viens au monde.


Serai-je le héros de ma propre histoire ou quelque autre y prendra- t-il cette place ? C'est ce que ces pages vont apprendre au lecteur. Pour commencer par le commencement, je dirai donc que je suis né un vendredi, à minuit (du moins on me l'a dit, et je le crois). Et chose digne   de   remarque,   l'horloge   commença   à   sonner,   et   moi,   je commençai à crier, au même instant.

Vu le jour et l'heure de ma naissance, la garde de ma mère et quelques commères du voisinage qui me portaient le plus vif intérêt longtemps avant que nous pussions faire mutuellement connaissance, déclarèrent : 1° que j'étais destiné à être malheureux dans cette vie ; 2° que j'aurais le privilège de voir des fantômes et des esprits. Tout enfant de l'un ou de l'autre sexe assez malheureux pour naître un vendredi soir vers minuit possédait invariablement, disaient-elles, ce double don.

Je ne m'occupe pas ici de leur première prédiction. La suite de cette histoire en prouvera la justesse ou la fausseté. Quant au second point, je me bornerai à remarquer que j'attends toujours, à moins que les revenants ne m'aient fait leur visite quand j'étais encore à la mamelle.   Ce   n'est   pas   que   je   me   plaigne   de   ce   retard,   bien   au contraire : et même si quelqu'un possède en ce moment cette portion de mon héritage, je l'autorise de tout mon cour à la garder pour lui. Je   suis   né   coiffé :   on   mit   ma   coiffe   en   vente   par   la   voie   des annonces de journaux, au très-modique prix de quinze guinées. Je ne sais si c'est que les marins étaient alors à court d'argent, ou s'ils n'avaient pas la foi et préféraient se confier à des ceintures de liège, mais   ce   qu'il   y   a   de   positif,   c'est   qu'on   ne   reçut   qu'une   seule proposition ;   elle   vint   d'un   courtier   de   commerce   qui   offrait cinquante francs en argent, et le reste de la somme en vin de Xérès : il ne voulait pas payer davantage l'assurance de ne jamais se noyer. On renonça donc aux annonces qu'il fallut payer, bien entendu. Quant au xérès, ma pauvre mère venait de vendre le sien, ce n'était pas pour en acheter d'autre.

Dix ans après on mit ma coiffe en loterie, à une demi-couronne le billet,   il   y   en   avait   cinquante,   et   le   gagnant   devait   ajouter   cinq shillings en sus. J'assistai au tirage de la loterie, et je me rappelle que j'étais fort ennuyé et fort humilié de voir ainsi disposer d'une portion de mon individu. La coiffe fut gagnée par une vieille dame qui tira, bien à contrecour, de son sac les cinq shillings en gros sols, encore y manquait-il un penny ; mais ce fut en vain qu'on perdit son temps et son arithmétique à en convaincre la vieille dame. Le fait est que tout le monde vous dira dans le pays qu'elle ne s'est pas noyée, et qu'elle a eu le bonheur de mourir victorieusement dans son lit à quatre-vingt-douze   ans.   On   m'a   raconté   que,   jusqu'à   son   dernier soupir, elle s'est vantée de n'avoir jamais traversé l'eau, que sur un pont : souvent en buvant son thé (occupation qui lui plaisait fort), elle s'emportait contre l'impiété de ces marins et de ces voyageurs qui ont la présomption d'aller « vagabonder » au loin. En vain on lui représentait que sans cette coupable pratique, on manquerait de bien de petites douceurs, peut-être même de thé. Elle répliquait d'un ton toujours plus énergique et avec une confiance toujours plus entière dans la force de son raisonnement :

« Non, non, pas de vagabondage. »

Mais   pour   ne   pas   nous   exposer   à   vagabonder   nous-même, revenons à ma naissance.

Je suis né à Blunderstone, dans le comté de Suffolk ou dans ses environs-là, comme on dit.

J'étais un enfant posthume. Lorsque mes yeux s'ouvrirent à la lumière de ce monde, mon père avait fermé les siens depuis plus de six mois. Il y a pour moi, même à présent, quelque chose d'étrange dans la pensée qu'il ne m'a jamais vu ; quelque chose de plus étrange encore   dans   le   lointain   souvenir   qui   me   reste   des   jours   de   mon enfance   passée   non   loin   de   la   pierre   blanche   qui   recouvrait   son  tombeau. Que de fois je me suis senti saisi alors d'une compassion indéfinissable pour ce pauvre tombeau couché tout seul au milieu du cimetière, par une nuit obscure, tandis qu'il faisait si chaud et si clair dans notre petit salon ! Il me semblait qu'il y avait presque de la cruauté à le laisser là dehors, et à lui fermer si soigneusement notre porte.

Le grand personnage de notre famille, c'était une tante de mon père, par conséquent ma grand-tante à moi, dont j'aurai à m'occuper plus loin, miss Trotwood ou miss Betsy, comme l'appelait ma pauvre mère, quand elle parvenait à prendre sur elle de nommer cette terrible personne   (ce   qui   arrivait   très-rarement).   Miss   Betsy   donc   avait épousé un homme plus jeune qu'elle, très-beau, mais non pas dans le sens   du   proverbe :   « pour   être   beau,   il   faut   être   bon. »   On   le soupçonnait fortement d'avoir battu miss Betsy, et même d'avoir un jour, à propos d'une discussion de budget domestique, pris quelques dispositions subites, mais violentes, pour la jeter par la fenêtre d'un second   étage.   Ces   preuves   évidentes   d'incompatibilité   d'humeur décidèrent miss Betsy à le payer pour qu'il s'en allât et pour qu'il acceptât une séparation à l'amiable. Il partit pour les Indes avec son capital, et là, disaient les légendes de famille, on l'avait rencontré monté sur un éléphant, en compagnie d'un babouin ; je crois en cela qu'on  se  trompe : ce   n'était  pas  un  babouin,   on  aura  sans  doute confondu avec une de ces princesses indiennes qu'on appelle Begum.

Dans tous les cas, dix ans après on reçut chez lui la nouvelle de sa mort. Personne n'a jamais su quel effet cette nouvelle fit sur ma tante : immédiatement après leur séparation, elle avait repris son nom de fille, et acheté dans un hameau, bien loin, une petite maison au bord de la mer où elle était allée s'établir. Elle passait là pour une vieille demoiselle qui vivait seule, en compagnie de sa servante, sans voir âme qui vive.

Mon père avait été, je crois, le favori de miss Betsy, mais elle ne lui avait jamais pardonné son mariage, sous prétexte que ma mère n'était « qu'une poupée de cire. » Elle n'avait jamais vu ma mère, mais elle savait qu'elle n'avait pas encore vingt ans. Mon père ne revit jamais miss Betsy. Il avait le double de l'âge de ma mère quand  il l'épousa, et sa santé était loin d'être robuste. Il mourut un an après, six mois avant ma naissance, comme je l'ai déjà dit. Tel était l'état des choses dans la matinée de ce mémorable et important vendredi (qu'il me soit permis de le qualifier ainsi). Je ne puis donc pas me vanter d'avoir su alors tout ce que je viens de raconter, ni d'avoir conservé aucun souvenir personnel de ce qui va suivre.

Mal portante, profondément abattue,  ma  mère s'était assise au coin du feu qu'elle contemplait à travers ses larmes ; elle songeait avec tristesse à sa propre vie et à celle du pauvre petit orphelin qui allait être accueilli à son arrivée dans un monde peu charmé de le recevoir,   par   quelques   paquets   d'épingles   de   mauvais   augure prophétiques, déjà préparées dans un tiroir de sa chambre ; ma mère, dis-je, était assise devant son feu par une matinée claire et froide du mois de mars.

Triste et timide, elle se disait qu'elle succomberait probablement à l'épreuve qui l'attendait, lorsqu'en levant les yeux pour essuyer ses larmes, elle vit arriver par le jardin une femme qu'elle ne connaissait pas.

Au second coup d'oil, ma mère eut un pressentiment certain que c'était miss Betsy. Les rayons du soleil couchant éclairaient à la porte du jardin toute la personne de cette étrangère, elle marchait d'un pas trop ferme et d'un air trop déterminé pour que ce pût être une autre que Betsy Trotwood.

En arrivant devant la maison, elle donna une autre preuve de son identité. Mon père avait souvent fait entendre à ma mère que sa tante ne se conduisait presque jamais comme le reste des humains ; et voilà en effet qu'au lieu de sonner à la porte, elle vint se planter devant la fenêtre, et appuya si fort son nez contre la vitre qu'il en devint tout blanc et parfaitement plat au même instant, à ce que m'a souvent raconté ma pauvre mère.

Cette apparition porta un tel coup à ma mère que c'est à miss Betsy, j'en suis convaincu, que je dois d'être né un vendredi. Ma   mère   se   leva   brusquement   et   alla   se   cacher   dans   un   coin derrière sa chaise. Miss Betsy après avoir lentement parcouru toute la pièce du regard, en roulant les yeux comme le font certaines têtes de  Sarrasin dans les horloges flamandes, aperçut enfin ma mère. Elle lui fit   signe   d'un   air   refrogné   de   venir   lui   ouvrir   la   porte,   comme quelqu'un qui a l'habitude du commandement.

Ma mère obéit.

« Mistress   David  ...

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