Fleurs du foyer, fleur du cloître

 
 
Books on Demand (Verlag)
  • 1. Auflage
  • |
  • erschienen am 21. März 2019
  • |
  • 217 Seiten
 
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978-2-322-12113-7 (ISBN)
 
Emmanuelle était seule maintenant dans la chapelle où flottait encore un léger parfum d'encens, presque annihilé par celui des roses et des lys qui garnissaient l'autel. La Soeur Marie-Colette, après avoir tout rangé dans le petit choeur où s'était donné tout à l'heure la Bénédiction du Saint Sacrement, venait de disparaître en refermant sur elle la porte de la sacristie. Derrière la grille et le voile noir du choeur des religieuses, la lente psalmodie avait cessé, les pieuses recluses s'étaient retirées.

Emmanuelle demeurait seule, le front entre ses mains, oubliant tout dans la ferveur de sa prière. Un rayon de soleil, passant à travers une vitre, se jouait sur son chapeau très simple, sur son corsage de batiste blanche, sur ses doigts fins contre lesquels s'appuyait son front encadré de bandeaux noirs lisses et satinés.

Elle releva enfin la tête. Ses yeux bruns - d'un brun doré et chaud - se posèrent longuement sur le tabernacle. Un rayonnement étrange parut s'y réfléchir et se communiquer à toute cette jeune physionomie. La petite bouche délicate s'entrouvrit, murmura quelques mots, tandis que le teint blanc se posait sous l'influence d'une émotion puissante.

Pendant quelques instants, Emmanuelle demeura ainsi. Une promesse ardente, passionnée, brûlait, au fond de ses prunelles... Le son d'une cloche agitée à l'extérieur par la Soeur tourière vint subitement la rappeler sur la terre. Elle se leva lentement, fit une profonde génuflexion et sortit de la chapelle.

- J'oubliais l'heure, ma Soeur ! dit-elle à la tourière qui lui adressait un petit salut amical.

- On n'est jamais mieux que près du bon Dieu, mademoiselle.

Un peu du rayonnement qui avait éclairé tout à l'heure le regard d'Emmanuelle y apparut de nouveau.

- Oh ! oui ! Mais il ne faut pas, même pour le bonheur que nous goûtons près de Lui, oublier nos devoirs de la terre. Ma cousine va se demander ce que je deviens.

- Oh ! Mlle Thècle doit bien se douter que vous avez laissé passer le temps en causant avec Notre-Seigneur ! dit la tourière en souriant. Bonsoir, mademoiselle Emmanuelle !

- Bonsoir, Soeur Françoise.

Emmanuelle, ayant franchi la vieille porte, s'engagea à droite dans la petite rue aux.....
1. Auflage
  • Französisch
  • 0,58 MB
978-2-322-12113-7 (9782322121137)
Marie, jeune fille rêveuse qui consacra toute sa vie à l'écriture, a été à l'origine d'une oeuvre surabondante dont la publication commence en 1903 avec Dans les ruines. La contribution de Frédéric est moins connue dans l'écriture que dans la gestion habile des contrats d'édition, plusieurs maisons se partageant cet auteur qui connaissait systématiquement le succès. Le rythme de parution, de plusieurs romans par an jusqu'en 1925, et les très bons chiffres de ventes assurèrent à la fratrie des revenus confortables. Ils n'empêchèrent pas les deux auteurs de vivre dans une parfaite discrétion, jusqu'à rester inconnus du grand public et de la critique.

L'identité de Delly ne fut en fait révélée qu'à la mort de Marie en 1947, deux ans avant celle de son frère. Ils sont enterrés au cimetière Notre-Dame de Versailles.

I


Emmanuelle était seule maintenant dans la chapelle où flottait encore un léger parfum d'encens, presque annihilé par celui des roses et des lys qui garnissaient l'autel. La Sour Marie-Colette, après avoir tout rangé dans le petit chour où s'était donné tout à l'heure la Bénédiction du Saint Sacrement, venait de disparaître en refermant sur elle la porte de la sacristie. Derrière la grille et le voile noir du chour des religieuses, la lente psalmodie avait cessé, les pieuses recluses s'étaient retirées.

Emmanuelle demeurait seule, le front entre ses mains, oubliant tout dans la ferveur de sa prière. Un rayon de soleil, passant à travers une vitre, se jouait sur son chapeau très simple, sur son corsage de batiste blanche, sur ses doigts fins contre lesquels s'appuyait son front encadré de bandeaux noirs lisses et satinés.

Elle releva enfin la tête. Ses yeux bruns - d'un brun doré et chaud - se posèrent longuement sur le tabernacle. Un rayonnement étrange parut s'y réfléchir et se communiquer à toute cette jeune physionomie. La petite bouche délicate s'entrouvrit, murmura quelques mots, tandis que le teint blanc se posait sous l'influence d'une émotion puissante.

Pendant quelques instants, Emmanuelle demeura ainsi. Une promesse ardente, passionnée, brûlait, au fond de ses prunelles... Le son d'une cloche agitée à l'extérieur par la Sour tourière vint subitement la rappeler sur la terre. Elle se leva lentement, fit une profonde génuflexion et sortit de la chapelle.

-J'oubliais l'heure, ma Sour ! dit-elle à la tourière qui lui adressait un petit salut amical.

-On n'est jamais mieux que près du bon Dieu, mademoiselle.

Un peu du rayonnement qui avait éclairé tout à l'heure le regard d'Emmanuelle y apparut de nouveau.

-Oh ! oui ! Mais il ne faut pas, même pour le bonheur que nous goûtons près de Lui, oublier nos devoirs de la terre. Ma cousine va se demander ce que je deviens.

-Oh ! Mlle Thècle doit bien se douter que vous avez laissé passer le temps en causant avec Notre-Seigneur ! dit la tourière en souriant. Bonsoir, mademoiselle Emmanuelle !

-Bonsoir, Sour Françoise.

Emmanuelle, ayant franchi la vieille porte, s'engagea à droite dans la petite rue aux pavés pointus, bordés d'un côté par de vieux murs fleuris de ravenelles, de l'autre par deux maisons vénérables, habitations d'anciennes familles de Rocalande ; puis elle prit une rue transversale, non moins bien pavée, qui la conduisit à une petite place étroite, enserrée par d'antiques demeures dont le rez-de-chaussée était, en général, occupé par de petites boutiques de mine archaïque, au seuil surmonté d'un auvent.

L'une d'elles, cependant, demeurait une maison bourgeoise. Au-dessus de la porte, des panonceaux ternis annonçaient la profession du maître de céans.

Ce fut vers celle-là que se dirigea Emmanuelle, tout en achevant de boutonner les gants qu'elle avait retirés pendant sa station à la chapelle. Elle appuya son doigt sur le bouton de la sonnette électrique - un vrai luxe pour Rocalande, dont les habitants s'incrustaient farouchement dans les coutumes du passé, malgré les efforts de quelques jeunes désireux de modernité. La pose de cette sonnette, avait été dans la petite ville une occasion de commentaires sans fin et de critiques amères. Depuis deux ans que le fait s'était produit, bon nombre de Rocalandais affectaient encore de se servir du vénérable marteau demeuré en place, dédaignant cette invention moderne qui leur semblait un outrage aux coutumes ancestrales jalousement conservées.

On disait même que deux des meilleures familles de l'endroit avaient pensé un instant à retirer leurs affaires d'entre les mains de ce notaire trop ami des nouveautés, et qu'elles n'y avaient renoncé qu'en considération de l'ancienneté de l'étude Viannes, où les ancêtres avaient passé avant eux et où s'étaient succédé des titulaires d'une intégrité inattaquable. Confier ses intérêts à Me Viannes faisait partie des traditions de Rocalande et s'y soustraire eût semblé un sacrilège.

Hélas ! les pauvres Rocalandais avaient eu récemment d'autres sujets de scandale ! Le notaire actuel - un homme jeune et entreprenant - ne s'était-il pas avisé, quelques mois auparavant, d'acheter une bicyclette et de faire dessus, non ses tournées professionnelles, grands dieux ! - il eût été, pour le coup, disqualifié à jamais ! - mais des promenades aux alentours ! Et sa femme, une aimable jeune personne élevée dans un couvent d'Annecy, imaginait, cet été-là, d'offrir le thé tous les jeudis après-midi à quelques connaissances intimes, - coutume absolument contraire aux traditions des Rocalandais qui ne se réunissaient jamais que le soir.

N'était-ce donc pas assez de voir introduire un tant soit peu d'esprit moderne en la personne des fonctionnaires imposés par l'État sans que Paulin Viannes, un enfant du pays, y vînt apporter sa part !

Le notaire et sa femme supportaient philosophiquement la désapprobation de leurs concitoyens. Obligés de vivre dans cette petite ville arriérée, ils en prenaient ce qu'elle possédait de bon - son esprit religieux très profond encore, par exemple, - et se faisaient, en dépit des récriminations devinées, une vie plus ouverte, plus intelligente en même temps que dégagée - autant du moins que le permettait à M. Viannes sa profession - des entraves ridicules de l'existence de petite ville.

De ce fait, on leur en voulait. Et, sans la présence de sa belle-sour, Mme Viannes n'aurait eu que deux ou trois personnes à ses réunions.

Mais Alice Viannes était tellement aimée de ses amies que celles-ci n'auraient pas voulu lui infliger la peine de manquer à cet après-midi du jeudi, pour lesquelles ses mains adroites préparaient d'exquises pâtisseries. L'aimable Alice, si gaie, si entraînante, n'aurait admis aucun refus non sérieusement motivé.

Elle se tenait en ce moment dans la salle à manger, près de la table où, sur un napperon garni de guipure, les assiettes de gâteaux entouraient la théière. Grande, vigoureuse, les traits un peu forts et le teint très brun, Alice Viannes offrait l'image de la santé - santé morale autant que physique, - ainsi qu'en témoignait le regard clair, droit et ferme de ses yeux gris.

D'autres jeunes filles l'entouraient ; au milieu d'elles, se tenait un grand jeune homme mince dont le visage pâli se terminait par une barbe blond foncé,

Il souriait légèrement en écoutant les gais propos qui s'échangeaient autour de lui entre Alice et ses amies. Mais ce sourire même était, grave, un peu triste, comme le regard des yeux noirs qui effleuraient distraitement les jeunes filles présentes.

-Séverin, une autre tasse de thé ? proposa Alice en se tournant vers lui.

-Merci, ma chère Alice, une est suffisante.

-Vous n'aimez guère le thé, je crois, Monsieur ? dit une petite rousse au nez retroussé.

-Très modérément, mademoiselle. Autrefois même, je ne pouvais le supporter ; mais ma mère, qui en fait une excessive consommation, m'a obligé à m'y accoutumer parce qu'elle n'aime pas à le prendre seule, et maintenant j'en bois volontiers une tasse, pas plus.

Un peu de compassion s'exprima sur la physionomie de plusieurs des jeunes personnes qui étaient là. La petite rousse s'exclama :

-Vous êtes héroïque, Monsieur Viannes ! Je ne pourrais jamais avaler une chose que je déteste, car je me rappelle très bien maintenant avoir entendu dire que vous détestiez le thé.

-Mais si, mademoiselle, on arrive à tout quand il s'agit de faire plaisir à autrui, et surtout à sa mère, dit simplement Séverin.

Alice enveloppa son cousin d'un regard de profonde émotion. Elle savait, elle, que le mot d'héroïsme n'était pas exagéré s'appliquant à Séverin Viannes, ce fils admirable qui sacrifiait ses moindres goûts et se condamnait au célibat pour satisfaire une mère jalouse, tyrannique, incroyablement exigeante, l'entourait de petits soins, de tendres attentions et jamais ne laissait échapper une plainte, un mot d'impatience. Nommé professeur l'année précédente au lycée de Lyon, il consacrait à sa mère tout son temps et, à l'aide de ses émoluments, lui faisait une existence large, confortable, comme elle l'aimait, tandis que lui se privait de tout et vivait en anachorète.

Nul ne savait au juste l'étendue des sacrifices accomplis par l'affection filiale de Séverin Viannes, ni la somme d'efforts qu'il était obligé de faire sur lui-même pour supporter d'un front serein le caractère despotique, injuste et atrabilaire de cette mère dont il ne parlait qu'avec respect, sans que ses plus proches parents eussent jamais pu surprendre chez lui une parole de blâme à son égard.

-Voilà Thècle qui vient chercher du thé, dit la petite rousse en regardant vers la porte ouverte à deux battants qui faisait communiquer la salle à manger avec le salon.

Une jeune fille s'avançait, ses deux mains supportant un plateau garni de tasses vides. Séverin, s'élançant vers elle, s'en empara vivement.

-Mademoiselle Thècle, ceci est trop lourd pour vous !

-Oh ! non ! Je ne suis pas, au fond, si mauviette que j'en ai l'air !

Un sourire entrouvrait les lèvres roses, montait jusqu'aux yeux couleur de violette, qui en furent aussitôt tout éclairés.

-Je vous remercie quand même, Monsieur, ajouta la...

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