Abélard

Tome II
 
 
Books on Demand (Verlag)
  • 1. Auflage
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  • erschienen am 26. November 2019
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  • 779 Seiten
 
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978-2-322-18575-7 (ISBN)
 
On se propose dans cet ouvrage de faire connaître la vie, le caractère, les écrits et les opinions d'Abélard, et de recueillir tout ce qu'il est utile de savoir pour marquer sa place dans l'histoire de l'esprit humain.
1. Auflage
  • Französisch
  • 0,43 MB
978-2-322-18575-7 (9782322185757)
Charles comte de Rémusat, né à Paris le 13 mars 1797 et mort à Paris le 6 juin 1875 (à 78 ans), est un homme politique et philosophe français.

CHAPITRE IX. SUITE DU PRÉCÉDENT.


Abélard   a   combattu   le   réalisme,   est-il   par   conséquent nominaliste ?   Il   a   combattu   le   nominalisme,   est-il   néanmoins nominaliste ? C'est ce qu'il nous reste à décider. « Montrons à présent », dit-il, « avec la permission de Dieu (Deo annuente), ce qu'il nous paraît préférable d'admettre. » J'essaierai d'expliquer ce système assez subtil, en suivant l'ordre des idées du philosophe, mais sans m'attacher aux formes de la diction, quoiqu'il soit nécessaire, pour l'exactitude scientifique et pour la fidélité de la couleur, de reproduire souvent les termes de l'école.

Dans   aucun   système,   on   ne   refuse   une   certaine   réalité   à l'individu ; s'il ne possède l'être par privilège, au moins le possède­t­il en participation (Platon, Scot Érigène), et personne n'a articulé formellement   que   la   chose   individuelle   fût   une   fiction.   Abélard, voulant   se   rendre   compte   de   la   constitution   des   êtres,   considère l'individu,   c'est­à­dire   qu'il   pose   le   problème   des   genres   et   des espèces dans ce que les scolastiques ont appelé après lui le problème de l'individuation ; c'est là le propre et la nouveauté de sa doctrine. Au moins le procédé est méthodique : l'individu est certain et donné ; partir de l'individu, c'est aller du connu à l'inconnu, du simple au composé.

Avant   de   pénétrer   dans   la   constitution   de   l'espace   humaine, étudions donc avec Abélard les éléments réels de l'espèce, ou les individus. Socrate, comme tout être individuel, comme toute essence, est un composé   de   matière   et   de   forme ;   il   est   individu,   de   l'espèce, l'homme Socrate, homme par la matière ; Socrate par la forme ; la matière   est   l'homme,   la   forme   est   la   socratité.   Dans   Platon également, la matière est l'homme et la forme la platonité. Ainsi l'essence homme qui résulte de l'union de la forme humanité à la matière animal, devient dans l'individu la matière informée, par la forme individuelle qui fait Platon ou par celle qui fait Socrate ; de là une essence qui est tout l'individu. La forme qui, en s'unissant à la matière animal, constitue l'individu, est­elle ailleurs qu'en lui ? Non, assurément : point de Socrate hors de Socrate. Mais cette essence humanité, qui devient la matière de Socrate et comme le sujet de la socratité, est­elle ailleurs ? pas davantage ; sa pareille se retrouve dans la matière, de Platon, mais n'est pas individuellement la même, elle est numériquement différente, c'est­à­dire que l'une et l'autre font deux : il y a analogie, c'est le mot d'Aristote , il n'y a pas identité, Or cette essence humanité, ou l'espèce humaine, n'est pas ce qui en est dans Socrate ou ce qui en est dans Platon, mais la réunion de   toutes   les   essences   pareilles   ou   analogues,   constituées, formellement dans chaque individualité. Elle est donc une collection. Une   telle   collection,   bien   qu'essentiellement   multiple,   est   une   de nature, en ce sens qu'elle se compose, non pas des mêmes, mais des semblables ; elle est un universel, une espèce, comme un peuple est un peuple.

Si l'on recherche maintenant comment la collection humanité, ou l'espèce humaine, est constituée, on trouve que dans chacune des essences qui la composent elle a pour matière l'animal, et pour forme une forme multiple et non pas une, la rationalité, la mortalité, la bipédalité, et les autres formes substantielles de l'humanité, c'est­à­dire qu'elle est la collection de toutes les matières animal affectées ou informées de toutes ces formes substantielles. Et de même que la matière   homme,   ou,   comme   dit   Abélard,   ce   d'homme   (illud hominis),   qui   soutient   l'individualité   Socrate,   n'est   pas essentiellement la matière homme qui soutient l'individualité Platon, de   même   la   matière   animal   (illud   animal)   qui   soutient   la   forme humanité dans tel ou tel individu n'est que dans cet individu, mais son   analogue,   un   non différent   d'elle   (indifferens   illi),   se   trouve comme matière dans chaque individu de l'espèce animal. Ce non­ différent, ou cet indifférent à toute forme, semblable de nature et non identique,   ne   devient   essentiellement   différent   et   de  plus   en   plus différent qu'en étant constitué formellement, d'abord par l'humanité, puis par l'individualité.

Si l'on réunit maintenant cette multitude d'essences soutenant les formes des diverses espèces animal, on aura une collection générique ou un genre, multitude autre que celle qui compose l'espèce. Celle-ci est   la   collection   des   sujets   des   individus   humains,   celle-là   est   la collection   des   sujets   des   différences   substantielles   des   diverses espèces. Chaque essence de la multitude ou du genre animal est composée matériellement de corps, formellement d'animation et de sensibilité. De toutes les essences du genre, aucune ne se trouve, quant  à sa matière, ailleurs que dans chacune des essences qui le composent, mais elles ont des analogues ou des non différents qui soutiennent les formes de toutes les espèces de corps. À ce degré, c'est la corporéité qui est la forme, elle qui était tout à l'heure comprise dans la matière, animalité. De même qu'il s'est composé un nouveau genre de la collection des corps, collection dans laquelle entre la réunion des essences de la nature animal, un nouveau genre, le genre corps, sera la collection de tous les êtres composés matériellement de substance, formellement de corporéité. Telle sera la constitution de toutes les essences du genre corps, ou bien de toutes les matières des espèces du corps, ou bien des substances informées de la corporéité. Faites   abstraction   de   cette   dernière   forme,   il   vous   reste   des substances, c'est­à­dire des non différents, et c'est là le genre le plus général ou suprême. Une espèce de ce genre soutient l'incorporéité, l'incorporéité est sa forme, comme la corporéité était tout à l'heure celle   des   substances,   matières   des   essences   du   genre   corps.   Ces matières prises comme essences, indépendamment de la corporéité, sont les essences dont la multitude compose le genre généralissime de substance.

Elles ne sont pas encore rigoureusement simples, on y peut encore décomposer l'être en deux principes ; sa matière serait, pour ainsi parler, la pure essence, sa forme la susceptibilité des contraires. Nous avons atteint ici la matière première de l'être, mais puisque cette matière première est une notion, c'est­à­dire un défini, il faut bien que l'on puisse distinguer idéalement sa matière de sa forme, et la   considérer   au   moins   fictivement   comme   un   genre   dont   la différence ou l'équivalent de la différence consiste uniquement dans la propriété d'engendrer des espèces. La susceptibilité des contraires, propriété de la pure matière, n'est pas, en effet, une forme réalisée, c'est   la   simple   possibilité   de   la   forme,   c'est   l'acte   en   puissance. L'indéterminé ne se réalise qu'en se déterminant. La définition qu'on vient   de   lire   ne   donne   à   l'indéterminé   d'autre   détermination   que d'être déterminante. Ici la forme, qui, de sa nature, est actuelle, n'est que la possibilité de l'acte ; l'acte indéterminé, mais possible, est en effet la seule différence qu'il y ait entre l'indéterminé pur et le néant. Qu'on   y   songe   bien,   la   matière   ou   l'essence   qui   ne   serait   pas déterminable ne contiendrait plus rien de l'être, et ne serait que le néant sous un faux nom.

C'est   ainsi   qu'Abélard   passe   en   revue   les  divers  degrés   de   la catégorie de l'essence (substance), et dresse ce qu'on pourrait appeler l'échelle de l'être. Il serait possible de faire un travail analogue sur les autres catégories, quoique là les conditions de l'être ne soient pas aussi réelles, et qu'il ne s'y agisse que des êtres improprement dits, la qualité, la relation, etc., ne pouvant exister séparées d'un sujet. Mais,   comme   le   veut   Abélard,   « que   ce   qui   a   été   dit   de   la substance soit entendu des autres prédicaments. »

On   remarquera   que   dans   cette   analyse   des   graduations   de   la substance, le mot matière ne doit pas être compris dans le sens de l'opposé de l'esprit, mais comme le nom du fonds de l'être, puisque dans le langage d'Abélard, conforme en cela à celui d'Aristote, on pourrait   dire   que   la   substance   est   indifféremment   la   matière   de l'esprit et la matière du corps, ou qu'elle est la matière, le non­ différent qui peut recevoir la forme de la corporéité ou la forme de l'incorporéité ; mais ceci n'a d'importance que s'il faut prendre toute cette décomposition d'idées comme un...

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