Blanche

 
 
Books on Demand (Verlag)
  • 1. Auflage
  • |
  • erschienen am 14. April 2020
  • |
  • 186 Seiten
 
E-Book | ePUB mit Wasserzeichen-DRM | Systemvoraussetzungen
978-2-322-19516-9 (ISBN)
 
Quitter Paris en 1906, traverser les océans avec deux enfants pour se retrouver au fin fond de la Chine, était-ce bien raisonnable ?
Dans la province du Yunnan, sur un terrain montagneux et accidenté, les Français et les Italiens construisent alors une ligne de chemin de fer reliant Laokay au Tonkin à Yunnansen (actuellement Kunming). À partir de l'Indochine, la France compte ainsi consolider sa présence au coeur de l'Asie.
Blanche n'hésite pas. Elle part. Son mari, Georges-Auguste Marbotte, expert-comptable et
photographe est déjà sur le chantier depuis trois ans. Ils ont échangé une riche correspondance pleine d'amour mais aussi d'angoisse. Désormais, le temps est venu d'être à nouveau réunis.
1. Auflage
  • Französisch
  • 1,72 MB
978-2-322-19516-9 (9782322195169)
weitere Ausgaben werden ermittelt
Annie Huault a publié deux récits sous son nom sinisé An Huo : Lettes à Matteo Ricci, éditions Bayard, 2010 et Le peintre de Qianlong, BoD, 2016.
Blanche constitue le troisième et dernier récit de ce triptyque.

Le voyage au long cours


1


Sur l'esplanade de Notre-Dame-de-la-Garde, Jean et Miki virevoltent sous l'oil attendri de leur père. D'autres enfants se mêlent à leur jeu de va-et-vient d'un bout à l'autre de l'édifice ; ils semblent infatigables dans leurs ébats.

Blanche est entrée dans la basilique, s'est assise sur un banc au milieu de la nef principale. Sous la voûte tapissée de milliers de tesselles, soutenue par des piliers de marbre et porphyre italiens se balancent innombrables au bout de leur ficelle des vaisseaux miniatures, de la tartane au steamer, qui célèbrent les mérites de la Bonne Mère protectrice des profondeurs salées. Vient-elle elle aussi implorer protection ? s'interroge Blanche en fixant au plafond un steamer qui ressemble étrangement à celui sur lequel elle embarquera dès le lendemain. Devant l'imminence du départ, dans les effluves d'encens et de cire à peine consumée, elle accueille ce moment de solitude et de recueillement comme un intermède triste et gai à la fois.

Le premier mot qui lui vient à l'esprit, c'est le mot candeur. Oui, il lui faut de la candeur pour entamer un tel périple avec une petite de deux ans et demi portée à bout de bras. Jean, du haut de ses neuf ans, saura se débrouiller, mais Miki, avec ses poupées et son ours en peluche, requerra une attention de tous les instants.

Cette fois, Blanche ne sera plus seule. Elle l'a toujours pensé : avec Auguste à ses côtés, elle irait au bout du monde.

Elle laisse vagabonder ses pensées. Elle qui toujours rêvait de se rendre à Marseille, voilà, elle y est, et elle n'en revient pas d'y être. Les adieux mélancoliques avec la famille à Garches, la nuit pénible en chemin de fer sont déjà éclipsés. Elle porte en elle l'émerveillement de ses deux premières journées dans la cité phocéenne. L'exposition coloniale bat son plein et bien sûr, la famille ne voulait en aucun cas manquer cet événement.

Inaugurée le 14 avril 1906, elle constitue la première exposition française exclusivement consacrée aux colonies. Marseille, centre d'échanges aux portes de l'Empire français, s'imposait comme ville prédestinée à la tenir. L'exposition se conçoit comme un moment de féérie éphémère où, groupés autour du grand palais, les palais de l'Afrique occidentale, de l'Indochine, la tour de l'Annam, le palais du Cambodge, celui de l'Algérie et de Madagascar concourent à valoriser le commerce entre la mère patrie et les colonies.

En ce 14 septembre 1906, toute la ville est en émoi dans l'attente de la visite du président de la République Armand Fallières qui doit arriver le lendemain. Les visiteurs sont nombreux, de Marseille, des alentours et de contrées plus lointaines. D'ailleurs, l'exposition se targue d'avoir reçu la visite d'hôtes illustres. Ils portent les noms de Lyautey, Mistral, Auguste Rodin. Le roi du Cambodge et un maharadja ont fait une entrée remarquée.

Blanche se voit tenir fermement Miki par la main, se frayant un chemin parmi la foule et les attractions de toutes sortes. Surtout être vigilante : une petite fille, cela s'égare facilement. Il y a là un attelage cambodgien, un défilé de tirailleurs tonkinois, des pousse-pousse annamites, un cortège de porte-drapeaux et musiciens africains. Lorsqu'elles s'approchent du pavillon de l'Afrique, un Noir, pour amuser la petite, lui fait de gros yeux. Sa figure prend une expression si sauvage que la petite prend peur, poussant des cris perçants. Sa mère a tout le mal du monde à la consoler.

À la vision de cette scène, Blanche secoue la tête, assise sur son banc. Puis un sourire éclaire son visage. C'est l'image de sa fille, quelque temps plus tard, émerveillée devant le cortège des éléphants qui s'impose à son esprit. Miki rit, frappe dans ses mains, veut s'élancer vers l'un des mammifères, sa maman la retient. À nouveau, elle rit et frappe dans ses mains.Blanche aurait trouvé amusant de rencontrer Auguste et Jean au hasard d'un pavillon ou dans la foule bigarrée. Mais non, les deux hommes ne sont pas en vue et ce n'est qu'à seize heures, comme prévu, que la famille s'est retrouvée au grand complet, devant le palais de l'Indochine. Avec ses corniches dentelées et ses frises d'inspiration khmère, ce bâtiment constituait le point de ralliement idéal. Jean est intarissable sur la savonnerie, la tannerie, le raffinage du soufre et du sucre, le chantier naval qu'il a visités avec son papa au grand palais.

Les mosaïques de la voûte qui à l'arrivée de Blanche scintillaient de mille feux ont imperceptiblement perdu de leur éclat. Dans un sursaut, elle se lève et se dirige vers la porte à vantaux de la basilique. Sur l'esplanade, elle retrouve Auguste et les enfants. Le jour tombe. Fascinée par le spectacle qu'offre la ville du haut de la colline, la famille s'attarde un moment au sommet avant de redescendre à pied. Dans son journal de voyage, Blanche notera :

Peu à peu la ville s'anime du feu scintillant des lumières. Au loin l'exposition fait un décor de fête. Puis c'est le Vieux Port enguirlandé de cordons électriques. Nous redescendons à pied presque dans la nuit, avec la crainte de nous égarer. C'est à regret que nous nous arrachons à ce spectacle de poétique beauté. Le soir, fête vénitienne sur le Vieux Port, avec feu d'artifice. Programme un peu long, et monotone. Des fautes de goût qui étonnent : un portrait lumineux du Président qui occupe un tout petit carré à gauche du pont transbordeur, puis « Bonne nuit » en lettres mal tracées qui semblent minuscules - pauvre et bête. Une jolie note : une cascade de lumière tombant en nappe de ce même pont et des fusées qui se croisent font des feux rasant l'eau un combat de cuirassés. En bas une foule grouillante et qui manifeste moins que la foule parisienne, on sent qu'elle n'est pas là seulement pour son plaisir, l'amour-propre est en jeu. Au bouquet, un peu maigre, on siffle. C'est la première fois que je vois la foule de haut ; c'est petit et colossal, un peu effrayant.

2


Il repose au fond des océans, quelque part entre Marseille et Port-Saïd, épave rongée par la rouille, abandonnée à l'épreuve du temps. C'était le 19 juillet 1918. Le paquebot l'Australien est torpillé par un sous-marin allemand, causant la mort de 19 membres de l'équipage et de 45 passagers. Le bateau ne veut pas couler, il se rebelle, et son agonie durera treize heures. Il en sera fait peu de cas. Les naufrages du Titanic et du Lusitania, avec leur nombre impressionnant de victimes, ont marqué les esprits. La disparition de 45 passagers ne peut faire le poids face à celle de 1 500.

L'aventure a commencé au début du siècle, à l'heure florissante des paquebots qui, grâce aux moteurs à vapeur et aux coques en acier ont gagné en taille et en puissance. Ils s'aventurent de plus en plus loin sur les mers, battent des records de vitesse et offrent aux passagers des voyages des plus luxueux. Entre la France, les Indes et la Chine, les Messageries maritimes supplantent les routes de la soie, longues et périlleuses, où transitaient épices, soies, mousselines et « chinoiseries ». Les Lyonnais peuvent ainsi s'approvisionner directement en soieries, sans avoir à payer de tribut aux marchands et banquiers londoniens. Dès 1901, une liaison bimensuelle est établie entre Marseille et l'Extrême-Orient.

Du quai de la Joliette, l'Australien a belle allure avec ses deux cheminées, sa coque nouvellement peinte en blanc, son long gaillard et avant droit, son long rouf arrière. Tout est prêt pour accueillir 170 passagers de première classe, 70 de seconde, 111 de troisième et 230 de quatrième en entrepont. 13 officiers et 157 membres d'équipage seront à leur service. Le départ est prévu pour 11 heures en ce dimanche 16 septembre 1906. La famille Marbotte voyage en première classe. Les demoiselles Bozollo, Bianca et Noélie, sont également du voyage. Blanche a fait leur connaissance à l'hôtel à Marseille. Elle se réjouit que ces jeunes filles simples et affectueuses puissent veiller sur Miki pendant la traversée.

Dès neuf heures, transportés...

Schweitzer Klassifikation
BISAC Classifikation

Dateiformat: ePUB
Kopierschutz: Wasserzeichen-DRM (Digital Rights Management)

Systemvoraussetzungen:

Computer (Windows; MacOS X; Linux): Verwenden Sie eine Lese-Software, die das Dateiformat EPUB verarbeiten kann: z.B. Adobe Digital Editions oder FBReader - beide kostenlos (siehe E-Book Hilfe).

Tablet/Smartphone (Android; iOS): Installieren Sie bereits vor dem Download die kostenlose App Adobe Digital Editions (siehe E-Book Hilfe).

E-Book-Reader: Bookeen, Kobo, Pocketbook, Sony, Tolino u.v.a.m. (nicht Kindle)

Das Dateiformat ePUB ist sehr gut für Romane und Sachbücher geeignet - also für "fließenden" Text ohne komplexes Layout. Bei E-Readern oder Smartphones passt sich der Zeilen- und Seitenumbruch automatisch den kleinen Displays an. Mit Wasserzeichen-DRM wird hier ein "weicher" Kopierschutz verwendet. Daher ist technisch zwar alles möglich - sogar eine unzulässige Weitergabe. Aber an sichtbaren und unsichtbaren Stellen wird der Käufer des E-Books als Wasserzeichen hinterlegt, sodass im Falle eines Missbrauchs die Spur zurückverfolgt werden kann.

Weitere Informationen finden Sie in unserer E-Book Hilfe.


Download (sofort verfügbar)

8,49 €
inkl. 5% MwSt.
Download / Einzel-Lizenz
ePUB mit Wasserzeichen-DRM
siehe Systemvoraussetzungen
E-Book bestellen